L’initiative du MSP et ses dessous : Jeux de clans dans une impasse politique

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Après plus d’une semaine, l’initiative émanant du Mouvement de la société pour la paix (MSP) et de son président, Abderrazak Makri, portant sur le report de l’élection présidentielle d’avril 2019, n’a pas livré encore tous ses secrets.

Pourquoi le MSP qui, en septembre dernier, mettait deux options sur la table, à savoir un candidat de consensus entre pouvoir et opposition ou une candidature du parti, sort curieusement une autre option : celle du report de l’élection présidentielle ? Qu’est-ce qui a changé en 3 mois pour que ce parti islamiste change de fusil d’épaule ? Que gagnerait-il en échange en défendant bec et ongles une telle option qui visiblement n’est pas la sienne ?

D’abord les raisons qui ont conduit Abderrazak Makri à plaider le report de l’échéance présidentielle : il en existe en réalité deux. La première est interne au parti. Tout le monde le sait, le MSP est traversé par deux courants, un clan mené par Bouguerra Soltani prêt à intégrer de manière inconditionnelle le gouvernement, et un autre s’inscrivant plus ou moins dans l’opposition, sur lequel le président du parti s’appuie depuis son arrivée aux commandes.

Entre l’un et l’autre, Abderrazak Makri s’épuise à trouver un difficile équilibre. Il joue alors entre les deux au gré des situations et des conjonctures politiques. La deuxième raison est liée à l’affaiblissement du courant des Frères musulmans en Algérie dû aux dissensions qu’il a connues, à sa participation depuis les années 1990 à la gestion des affaires du pays, à l’opportunisme de ses cadres affairés à gérer leurs propres carrières politiques au détriment de leurs objectifs politiques. Le courant des Frères musulmans, qui a perdu sa crédibilité, se retrouve ainsi sans leader charismatique capable de le fédérer et de réaliser des victoires politiques.

Il se retrouve tout simplement sans candidat potentiel à la prochaine élection présidentielle.

Abderrazak Makri, qui jadis représentait l’aile dure du parti, même au temps du défunt Mahfoudh Nahnah, est amené à jouer sur tous les fronts, à l’intérieur de sa formation en vue de maintenir l’équilibre en sa faveur contre son frère ennemi, Bouguerra Soltani, prêt à rebondir au cas où le MSP se range totalement du côté de l’opposition, et avec la conjoncture politique pour marchander dans les coulisses totalement opaques la prochaine élection présidentielle.

Depuis quelques petites semaines, Abderrazak Makri fait du porte-à-porte pour vendre l’option du report de l’élection présidentielle. Il a rencontré des partis politiques et des personnalités nationales. Si on est certain des objectifs de «la partie du pouvoir» qui l’a actionné, on est par contre moins sûr du consensus qu’il prétend réunir après avoir rencontré ses interlocuteurs politiques. La plupart des partis de l’opposition sont dans l’expectative. Ils scrutent attentivement l’évolution de la situation politique du pays qui est dans l’impasse, mais refusent de s’avancer sur un terrain miné.

Le report pour asseoir la continuité

Hormis les partis de l’alliance présidentielle qui se revendiquent du «programme du président Bouteflika», et des groupuscules qui lui ont prêté allégeance, aucun autre acteur de la scène politique ne s’est prononcé officiellement sur l’idée d’ajourner l’échéance électorale d’avril 2019. Ils refuseraient de débattre une idée qui émane d’«une partie» du pouvoir que le président du MSP se réserve de décliner publiquement. Une «partie du pouvoir» pour laquelle M. Makri tente de démarcher une grande partie de l’opposition. On en devine d’ailleurs bien l’arrière-pensée : l’idée est que l’initiative ou la proposition du report passerait mieux si elle venait de l’opposition.

Elle aurait plus de crédit, car les partis qui gravitent autour du palais d’El Mouradia en ont de moins en moins, et semble bien dans la poche des promoteurs de «l’initiative» du président du MSP qui, accessoirement, entretient un certain distinguo avec Amar Ghoul, président du TAJ, un transfuge du MSP, qui défend l’idée également peu claire d’une conférence nationale. Qu’est-ce qui pourrait diverger les deux frères ennemis ? Rien, si on part du principe que c’est la même main qui les agite.

Cette «partie du pouvoir», que les observateurs pensent être celle de la présidence de la République, où officient les frères conseillers du Président en exercice, Saïd et Nacer Bouteflika. Abderrazak Makri n’a pas parlé d’une institution de la République ou du pouvoir dans son ensemble, mais bien d’une partie.

Et pour bien comprendre sa démarche, et de là, peut-être même l’évolution de la situation politique dans le pays, il faut également se poser une autre question. Quelle est l’autre partie du pouvoir que le président du MSP n’a pas eu à rencontrer ? S’agit-il d’un autre clan, d’une autre institution à laquelle M. Makri n’a pas eu accès ? Qu’à cela ne tienne, embourbé dans une guerre clanique bien visible à présent pour l’opinion publique, le responsable du parti islamiste se retrouve malgré lui en train de défendre le projet de la «continuité» que promeut l’alliance présidentielle. Mais quelle est la différence entre les deux options ? Aucune, bien évidemment. L’une va avec l’autre.

C’est le report qui permettra d’asseoir la continuité. Autrement dit, il faut reporter pour continuer. Le bénéfice qu’il pourrait engranger est qu’une éventuelle continuité empêchera une possible cooptation, comme le pouvoir a l’habitude d’en faire, d’un candidat capable in fine de faire consensus entre les deux parties, et qui serait éventuellement le patron du RND, Ahmed Ouyahia. Le porte-parole du parti, Seddik Chihab, laisse d’ailleurs entrevoir cette piste en affirmant que l’élection présidentielle aura bien lieu à l’échéance prévue.

Dans cette cacophonie indescriptible, les arguments de Abderrazak Makri sur les réformes politiques et économiques ne sont qu’un accoutrement farfelu d’une initiative ou d’un plan susceptible d’enfoncer encore plus le pays dans le gouffre de l’instabilité.

El-Watan.com