Mahieddine Khelifa. Avocat et écrivain : «L’origine du calendrier solaire amazigh revient aux Berbères d’Égypte»

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Mahieddine Khelifa. Avocat et écrivain : «L’origine du calendrier solaire amazigh revient aux Berbères d’Égypte»

Dans votre dernier ouvrage l’Histoire d’une famille juive en terre d’islam, vous évoquez les origines lointaines de certaines de nos expressions et pratiques culturelles, et la célébration prochaine du Nouvel An amazigh en est une. Pouvez-vous à ce titre nous donner un aperçu sur l’origine de cet événement ?

Le calendrier est un système de repérage conçu par l’homme pour se situer dans le temps et organiser sa vie sociale, agricole et religieuse en divisant le temps en jours, semaines, mois, saisons et années. Le début d’une ère calendaire est fixé de manière subjective pour marquer le point de départ d’un calendrier.

Il existe plusieurs types de calendriers, dont le plus ancien est le calendrier berbère égyptien, puis vient le Julien, conçu en 46 av. JC, suivi du calendrier hébraïque, au IVe siècle, le musulman, au 7e siècle, puis le Grégorien, en 1582. Si pour les calendriers musulman et hébraïque la division du temps est lunaire, pour celui des Berbères, du julien et du grégorien, il est de type solaire.

Le premier jour de Yennayer a été fixé en Algérie au 12 janvier. Cette date symbolique correspond au premier jour du calendrier julien décalé de 12 jours par rapport au calendrier grégorien, devenu universel. L’origine du calendrier solaire revient aux Berbères d’Egypte.

Il a été mis au point par les astronomes berbères d’Egypte, qui ont fait une synthèse entre l’observation astronomique et la constatation des crues annuelles du Nil.

Ces astronomes avaient observé que la montée des eaux du Nil intervenait régulièrement après le lever héliaque de l’étoile Sirius dans le ciel.

Cette étoile, visible à l’œil nu, fait son apparition, de manière régulière, 70 jours après avoir été masquée par le soleil et coïncide avec le retour annuel des crues du Nil.

C’est suite à 50 années d’observations réalisées sur les intervalles entre les crues fluviales du Nil que ces savants purent déterminer que l’année comportait 365 jours.

Le cycle de l’agriculture étant conditionné par les crues du Nil, il a fallu à ces astronomes un siècle pour se rendre compte que leur calendrier comportait une légère erreur, 6 heures sur 365 jours, puisqu’au bout de 100 ans, le décalage des saisons Inondations, Semailles et Moissons, était de 25 jours. L’ingéniosité de ces astronomes leur permit de corriger cet infime décalage.

Quel lien faites-vous entre le calendrier berbère (amazigh), le julien et le grégorien?

Ces trois calendriers sont de type solaire. En fait, c’est le calendrier berbère, élaboré par les astronomes berbères d’Egypte, qui a servi de base au calendrier julien, puis au grégorien.

C’est un savant d’Alexandrie, Sosigène, qui fut chargé par Jules César de la réforme du calendrier en l’an 46 av. JC. Elle consista à ajouter un 24 février bis tous les quatre ans.

Voici pour le calendrier dit «julien», qui doit tout aux Berbères égyptiens. Le calendrier dit «grégorien», en usage universel à ce jour, n’en modifie pas, ne serait-ce que d’une seconde, l’exactitude.

Par la bulle «inter gravissimas», promulguée le 24 février 1582, le pape Grégoire XIII décida de porter le mois de février à 29 jours tous les quatre ans. Voici pour le calendrier qui a cours de nos jours et qui doit tout à la civilisation berbère d’Egypte.

Dans votre contribution sur «L’an 1 du calendrier amazigh», parue sur El Watan du 3 novembre 2018, vous faites démarrer ce calendrier en 3150 av. J.-C., alors que d’autres lui donnent l’année 950 av. J.-C. comme point de départ…

C’est à l’initiative de l’Académie berbère, association culturelle ayant son siège à Paris, que fut fixé le calendrier berbère en 1980. Le point de départ de ce calendrier fut décidé comme étant l’an 950 av. JC. Cette date correspond au début du règne du pharaon Sheshonq (Shechnak) originaire de la tribu Mchawcha du pays des Lebous.

En fait, pour l’initiateur de ce calendrier, c’est l’origine berbère de ce pharaon qui a déterminé ce choix et rien d’autre… Or, faire commencer le calendrier amazigh par l’accession au pouvoir d’un chef militaire ayant fait un coup d’Etat pour devenir pharaon à la place du pharaon, lui-même berbère, c’est faire un raccourci de l’histoire des Amazighs.

C’est aussi énoncer une contre-vérité historique, dans la mesure où la population d’Egypte et ses pharaons étaient berbères et se reconnaissaient comme tels, puisque depuis les temps les plus reculés, la population de ce pays se définissait comme étant des «Miss Ra» : Fils (en berbère) de Ra, et vénérait le même culte du bélier que ses frères de l’Ouest.

En effet, la berbérité de l’Egypte des pharaons se vérifie aussi bien sur des considérations géographique, archéologique que linguistique et historique.

Donc, selon vous, nous ne serions pas en 2969, mais en 5169 de l’an amazigh ?

Effectivement. La récente découverte d’outils en pierre, datant d’environ 2,4 millions années, utilisés par nos premiers ancêtres à Aïn Boucherit, près de la ville de Sétif, est d’une importance capitale pour l’histoire de l’humanité. Elle montre que l’Afrique du Nord a été l’un des tout premiers berceaux de l’humanité.

Il existe de preuves archéologiques, historiques et cultuelles que nos ancêtres résidaient depuis des temps immémoriaux dans ces contrées du nord de l’Afrique, depuis la mer Rouge jusqu’à l’Atlantique.

Dès lors, est-il logique de faire débuter notre calendrier en 950 av. J.-C., et faire ainsi table rase du riche passé de cette contrée ? Ma proposition de le faire démarrer en 3150 av. J.-C., c’est-à-dire à partir de la période Thinite, se base sur des faits historiques confirmés par les plus grands égyptologues.

Il est donc plus conforme à la réalité de considérer que nous sommes en l’an 5169 de l’an amazigh, à l’aube de cette nouvelle année 2019 du calendrier universel.

Sur quels faits historiques, cultuels, linguistiques et archéologiques vous basez-vous pour affirmer que l’Égypte était berbère du temps des pharaons ?

Les appellations d’origine des noms de lieux ou de cours d’eau, renvoient généralement à l’identité de leur population. Ce n’est pas un hasard si les anciens Egyptiens se donnaient le nom de Misra, Miss Ra, fils du dieu soleil Ra. En berbère Miss, veut dire fils.

En Egypte pharaonique, certains de ces noms trahissent leur origine berbère. Il en est ainsi de «Assouan» dont la signification veut dire «Ils ont bu», «Siwa», (Iswa) il a bu, et de Thinis, capitale de l’Egypte antique durant la période de – 3150 à – 2700 av. JC, dont l’appellation est à rapprocher de Ténès ou Tunis (bivouac ou campement).

Le 3e pharaon de cette période, dite Thinite, porte le nom de Djer, dont l’étymologie est à mettre en relation avec Djerdjer (grand) (Djurjura) ou avec le cours d’eau d’Algérie (Oued) Djer.

Pour ce qui est du plus long fleuve du monde, Werner Vycichi soutient que Nil est une appellation d’origine berbère. En effet, «ilel», «ilil», «il» désigne en berbère l’eau, fleuve, rivière.

Dans leur ouvrage Des chars et des tifinaghs, Yves et Christine Gauthier indiquent que plus de 6000 sites rupestres, gravures et peintures, inscriptions berbères comprises, ont été localisées depuis l’Atlantique jusqu’à la mer Rouge, et de l’Atlas saharien jusqu’au Sahel.

Ces chercheurs ont relevé une multitude de sites apparaissant dans un contexte pharaonique et ont souligné que ces inscriptions montrent bien la présence des populations berbères dans ces contrées à travers les âges.

D’ailleurs, ce qui montre l’absence de frontière cultuelle parmi les populations berbères de ces temps reculés, c’est la figuration du bélier à «disque» ou à «sphéroïde», qui fut l’objet d’un culte depuis le néolithique dans toute la partie nord de l’Afrique. Germain Gabriel souligne que toute l’Afrique septentrionale a vénéré le bélier bien avant les temps historiques.

Comment expliquez-vous que le calendrier hébraïque ait été conçu au IVe siècle, en le faisant débuter en l’an 5778, alors que vous situez le calendrier berbère à 5169 en soutenant qu’il est plus ancien. N’est-ce pas contradictoire ?

Pas du tout ! C’est Hillel II, chef de la communauté juive entre 330 et 365 qui conçut le calendrier juif en prenant pour point de départ l’an 3761 av. JC, en prétendant baser ses calculs à partir des dates citées dans la Thora, Bible, écrite entre le VIIe et le IIe siècle av. J.-C., pour remonter jusqu’à Adam.

Dans son élan, il a même été jusqu’à affirmer que le premier jour de la création du monde est le dimanche 6 octobre – 3761 du calendrier julien… Le calendrier juif ne résiste ni à l’analyse historique pas plus qu’à la religieuse.

En revanche, le calendrier berbère est basé sur des faits historiques indéniables, puisque nous le faisons remonter à l’année 3150 avant J.-C., correspondant au début de la période Thinite, telle que datée par les égyptologues.

El-Watan.com