«Merkel veut l’accélération des turbo-procédures de rapatriement des Algériens illégaux»

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«Merkel veut l’accélération des turbo-procédures de rapatriement des Algériens illégaux»

– Peut-on croire que le dossier migratoire soit le plus important dans les relations algéro-allemandes ?

En fait, son importance est liée à la politique interne de l’Allemagne. Mme Merkel a fait une tournée en Afrique pour tenter de trouver les moyens de fixer les populations candidates à l’émigration. Il en est de même pour la région du Maghreb et des discussions ont eu lieu avec l’Algérie. Il faut reconnaître que l’accord algéro-allemand sur les rapatriements est exemplaire.

Il prend en charge tous les aspects en matière de refoulement des migrants en situation irrégulière ou des demandeurs d’asile qui ont épuisé tous leurs recours. Il fonctionne très bien. Nous ne sommes pas du nombre de 700 migrants algériens qui possèdent déjà un laissez-passer de retour vers le pays.

Ce qui est certain, c’est qu’en Allemagne, on parle de quelque 3000 à 4000 Algériens. Il faut savoir que dès que quelqu’un est identifié comme Algérien, avec l’aide des autorités consulaires en Allemagne, il lui est délivré ce laissez-passer pour être rapatrié.

Le problème qui s’est posé est lié aux conditions de transfert vers l’Algérie. Jusque-là, c’est la compagnie Air Algérie qui se charge de transporter dans chacun de ses six vols hebdomadaires quatre migrants, accompagnés par les services de sécurité, et aux frais des autorités allemandes.

A ce rythme, il faut attendre six ans pour transporter les 700 migrants. Les Allemands veulent trouver un compromis pour accélérer les opérations de rapatriement, sachant que les vols charters d’expulsés ne sont acceptés ni par l’Algérie ni par l’Allemagne. La majorité de la classe politique allemande reste très hostile à ce genre d’opérations. En clair, Mme Merkel veut l’accélération des turbo-procédures de rapatriement des Algériens en situation illégale.

– Est-ce le nombre de plus en plus croissant des migrants qui a poussé Mme Merkel à se déplacer en personne en Algérie, à la recherche d’une solution, sachant que la communauté des Algériens en situation irrégulière est infime par rapport à celle des Kurdes ou des Syriens ?

C’est vrai que le nombre des Algériens est vraiment loin des contingents des autres nationalités. Je dirais que c’est la situation politique interne de l’Allemagne qui a poussé Mme Merkek à entreprendre une telle démarche, surtout qu’elle a été très critiquée à cause de sa gestion du flux migratoire.

Il faut savoir qu’il y a des élections régionales en octobre, précisément en Bavière, et le partenaire de la coalition CSU  risque, pour la première fois, de perdre sa majorité absolue qu’il a toujours eue en Bavière. Il risque même de quitter la coalition et donc de changement d’alliance qui va modifier complètement la carte politique en Allemagne.

Beaucoup d’observateurs pensent que ce sera la fin du mandat de Mme Merkel.  L’Allemagne ne peut pas se permettre  d’avoir une extrême droite puissante, surtout à cause de son histoire. Tout est fait de manière à  éviter ce scénario.

– Vous voulez dire que le dossier des migrants est devenu un enjeu politique interne pour la chancelière allemande ?

C’est en quelque sorte le cas. Mme Merkel fait l’objet de critiques acerbes pour sa gestion du dossier des migrants. On l’accuse souvent de laxisme, au point qu’elle a décidé de prendre le taureau par les cornes et d’aller signer des accords bilatéraux ayant trait aux procédures de rapatriement des expulsés.

Elle a fait passer une loi déclarant les pays du Maghreb comme étant des Etats sûrs  afin de faciliter les procédures d’expulsion, appelées turbo-procédures.

– Pensez-vous que le gouvernement allemand peut convaincre la compagnie Lufthansa de participer à ces opérations, comme le recommande la partie algérienne justement pour accélérer les rapatriements ?

Je ne le pense pas. En Allemagne, la séparation des pouvoirs est telle, qu’il est impossible pour le pouvoir politique d’obliger une entreprise, même si elle a des capitaux publics, à entreprendre quoi que ce soit. Tout comme il ne peut pas obliger les sociétés à aller en Algérie.

– Peut-on lutter contre le phénomène d’immigration clandestine uniquement par les procédures d’expulsion et de rapatriement ?

L’Allemagne est consciente qu’elle est au début d’une crise de l’immigration.  Elle sait que ce phénomène va prendre de l’ampleur et que tous les pays seront confrontés. Pour elle, la priorité est de fixer les populations par des investissements en Afrique, mais aussi prendre en charge les expulsés qui arrivent dans leurs pays d’origine.

Des accords ont été signés avec certains Etats, comme le Ghana, où des centres de conseil ont été installés pour réfléchir à des solutions à même d’éviter le retour des migrants vers l’Allemagne. C’est comme le plan Marshall que les Allemands appellent le «Plan Merkel» pour l’Afrique, qui a d’ailleurs été repris par les Européens dans les mêmes termes. Ce plan prévoit 4 milliards d’euros, qui seraient, à long terme, un levier à 400 milliards et dont la mise en place est en cours.

Il faut préciser que l’Allemagne contribue à hauteur de 20% au budget européen, en plus elle a un solde négatif. Elle donne à l’Union européenne plus qu’elle n’en reçoit. Elle se sent à l’étroit dans sa politique vis-à-vis de l’Afrique, par rapport aux Français ou aux Anglais. Elle veut faire plus, parce qu’elle n’a pas d’héritage colonial. Son image est très positive.

Dans une étude récente commandée par les Français, elle a été classée premier pays que les faiseurs d’opinion africains apprécient, suivie du Japon et de la Chine. Il faut aussi prendre en compte le fait que l’Allemagne a une démographie négative. Les spécialistes affirment qu’en 2070, elle aura besoin de 30 millions de travailleurs. Au début, les analystes pensaient que cette main-d’œuvre viendrait de l’Europe de l’Est.

Mais, ils se sont vite rendu compte que ces pays-là auront eux aussi besoin de travailleurs. L’immigration, qui viendra en Allemagne, sera inévitablement africaine et majoritairement musulmane. L’Allemagne veut sa propre solution. Elle se prépare déjà. Elle a commencé par enseigner l’islam des lumières dans les écoles.

– Une telle politique d’aide à la fixation des populations dans leurs pays ne s’oppose-t-elle pas aux autres politiques, notamment française et britannique, qui engendrent souvent les conflits armés et la misère, source des flux migratoires ?

Malgré cette situation, l’Allemagne veut peser plus politiquement qu’économiquement. Cette volonté est exprimée par le ministre de la Coopération au sein même de l’UE. L’Allemagne sait que l’avenir est en Afrique. Elle voit que l’élite africaine, qui gère les pays africains, fait de la mauvaise gouvernance. C’est pour cela qu’elle a mis en place des lois anticorruption très sévères, pour sanctionner toute société qui serait impliquée dans une affaire de corruption. Elle a instauré de très fortes amendes.

– Pourtant il y a bien eu des affaires de corruption impliquant des sociétés allemandes en Algérie. Qu’en est-il au juste ?

S’il y a corruption, c’est qu’il y a des corrupteurs. Raison pour laquelle les lois élaborées sont d’une extrême sévérité en Allemagne.

En matière de paiement de pots-de-vin par exemple, le gouvernement a mis en place des contrôles très stricts. Il suffit qu’il y ait une dénonciation, un article de presse ou une quelconque information sur des soupçons de corruption, impliquant une société allemande dans n’importe quel pays, pour que tout se mette en branle, les impôts, le parquet, les services de sécurité, etc. Beaucoup d’entreprises ont eu d’énormes problèmes.

Elles ont été soumises à de fortes amendes. Pour éviter ce genre de situations, les sociétés se dotent de plus en plus d’un département d’éthique, alors qu’avant, elles faisaient appel à des consultants externes. En Allemagne, vous ne trouverez pas d’intermédiaires comme en Italie ou en France. Toute prestation doit être clairement justifiée.

– Cependant, il y a eu la condamnation, en Algérie, du groupe allemand Funkwerk pour avoir utilisé un des enfants d’un ex-PDG de Sonatrach comme intermédiaire dans l’affaire des contrats d’équipements de télésurveillance…

Il n’y a pas que Funkwerk. Il y a eu beaucoup d’autres sociétés allemandes impliquées dans des affaires de corruption en Algérie, mais elles l’ont payé très cher. Elles savent que ces erreurs sont coûteuses. Il n’est pas dans leur intérêt de tomber dans le piège. Les amendes sont tellement élevées qu’elles risquent de les pousser au dépôt de bilan.

De plus, il y a des dirigeants qui se sont retrouvés en prison et pas uniquement les chefs d’entreprise, sans oublier la présence active de la puissante association des consommateurs, dont les remarques sont comme des sentences.

Raison pour laquelle, les solutions à la corruption ont été mises en place en amont. Je connais des cas où le parquet s’est autosaisi sur la base de simples articles parus dans la presse algérienne. C’est pour vous dire que la législation est devenue tellement sévère, que cela permet aux  entreprises de commettre moins d’erreurs. Nous pouvons beaucoup apprendre de cette législation.

– Et qu’en est-il des sociétés qui sont en partenariat avec l’Algérie ?

La majorité des sociétés qui ont investi en Algérie, à l’image de Henkel, Lindt, Lieebher, Knauff, pour ne citer que celles-ci, sont performantes et exportent. Elles fonctionnent très bien. C’est du vrai gagnant-gagnant. La Chambre de commerce allemande aide des entreprises algériennes à exporter dans certains pays d’Asie. Elle a mis à profit des industriels algériens, plus d’une centaines de Chambres de commerce à travers le monde.

Ce que d’autres pays ne feraient jamais. Ils préfèrent privilégier leurs sociétés. Les Allemands sont convaincus que si l’Afrique s’enrichit, ses besoins s’intensifieront et sa population se fixera. L’Allemagne mise beaucoup sur la formation qualifiante dans tous les domaines.

Avec l’Algérie par exemple, le programme est très ambitieux, notamment dans les secteurs de la mécanique et de l’industrie, pour peu que les entraves qui freinent les projets soient levées et que les autorités soient plus souples avec les visas. La différence entre les entreprises allemandes qui travaillent dans la discrétion et les sociétés françaises qui ont obtenu des marchés de gré à gré, c’est que ces dernières ont menacé de mettre au chômage les travailleurs dès qu’il y a eu la baisse de la commande publique en raison de la chute du prix du pétrole.

Les entreprises allemandes, quant à elles, ont continué à travailler en essayant de trouver des marchés en dehors de l’Algérie. Il ne faut pas oublier que durant la décennie du terrorisme, beaucoup d’intellectuels algériens avaient bénéficié d’une bourse d’écriture en Allemagne en signe de solidarité. C’est vrai qu’il y a eu d’un autre côté des éléments du parti dissous qui y avaient trouvé refuge, mais c’était par méconnaissance de la situation, puisque l’Allemagne faisait confiance à la France de Mitterrand.

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