Mohamed El Bellaoui. Bédéiste marocain : «Je me sens chez moi à Alger, c’est comme si j’étais à la maison»

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Mohamed El Bellaoui. Bédéiste marocain : «Je me sens chez moi à Alger, c’est comme si j’étais à la maison»

Invité dans le cadre de la tenue du 11e Festival international de la bande dessinée d’Alger, le bédéiste marocain, Mohamed El Bellaoui, alias Rebel Spirit, revient sur son parcours artistique, tout en ne manquant pas de donner son appréciation sur l’essor de la bande dessinée marocaine.

 

Vous qui êtes un habitué des festivals de bandes dessinées dans le monde, pourrait-on avoir votre appréciation sur votre toute première participation au 11e Festival international de la bande dessinée d’Alger ?

Je suis extrêmement ravi de visiter pour la toute première fois votre pays et surtout de participer au Festival international de la bande dessinée d’Alger. J’ai rencontré la commissaire du Fibda, Dalila Nedjam, lors du dernier festival de la bande dessinée d’Angoulême.

Dès qu’elle m’a lancé l’invitation pour participer à son festival, je n’ai pas hésité à venir. Comme je n’arrête pas de le dire de vive voix et sur les réseaux sociaux, je me sens chez moi à Alger. C’est comme si j’étais à la maison. Je n’ai pas perdu mes repères en venant à Alger. Concernant la tenue de ce festival en lui-même, je trouve qu’il est à la hauteur des attentes. Je suis content de découvrir que la jeunesse est venue en force au rendez-vous.

Vous êtes un personnage assez connu aussi bien dans votre pays, au Maroc, qu’à l’international. Comment avez-vous basculé dans l’univers du 9e art ?

Je dirais que j’étais un petit gamin au Maroc qui adorait dessiner. J’ai commencé, d’ailleurs, à dessiner avant d’apprendre à écrire. Aussi loin que je remonte dans mes souvenirs, j’ai toujours dessiné. Le dessin a grandi avec moi. J’ai découvert et lu tous les mangas, les comics ainsi que la bande dessinée franco-belge. Il faut souligner que quand nous étions jeunes, mon père nous offrait beaucoup de livres à lire. J’ai été éduqué avec cet amour du livre.

Le jour où j’ai eu le choix, je n’ai pas hésité un instant à choisir ma voie. Après après décroché mon baccalauréat, j’ai fait l’Ecole supérieure des beaux-arts à Casablanca. Pour mon projet de fin d’étude en 2013, j’ai réalisé un album intitulé Le Guide casablancais. C’était un genre de guide alternatif On y trouve ce qu’on peut vivre à Casablanca et nulle part ailleurs. Au départ, c’était juste pour avoir un diplôme et s’amuser, mais après le feed-back sur internet a fait en sorte que je crois en moi et en mon produit. J’ai essayé, par la suite, d’en faire mon métier en associant le statut de bédéiste, d’artist e et de technicien pour avoir un petit business et éditer mes livres. Et aussi faire de la promotion artistique pour d’autres artistes.

Justement, pensez-vous que les réseaux sociaux sont nécessaires pour un artiste afin de rester visible dans les circuits ?

Je pense que le Net permet, aujourd’hui, d’échanger et de partager des expériences.

C’est une belle ouverture sur l’autre. On peut même faire son autopromotion. Internet reste un moyen indispensable pour un artiste. Il faut utiliser cet outil à double tranchant pour arriver à diffuser au maximum. C’est un bel acquis pour nous, la nouvelle génération. Tout le monde peut exprimer et partager ce qu’il veut. Maintenant, tu peux faire un petit dessin et le balancer sur la Toile. Je fais beaucoup de comparaisons. Avant, il y avait des sources d’information très réduites, mais actuellement nous sommes connectés sur des téléphones et autres. Les réseaux sociaux sont importants pour faire de la promotion artistique.

Combien de bandes dessinées avez-vous éditées jusqu’à aujourd’hui ?

J’ai édité deux bandes dessinées à mon propre compte. Nous avons, également, édité d’autres bandes dessinées pour un collectif de BD Skef Kef. Nous sommes d’ailleurs à notre dixième numéro. Il s’agit d’un magazine qui réunit plusieurs artistes. Nous avons invité sur chaque numéro des artistes du monde arabe. Nous avons eu, entre autres, des artistes algériens, tunisiens, libanais et syriens.
Vous avez plus d’une corde à votre arc puisque vous êtes à la fois bédéiste, designer, illustrateur et peintre aquarelliste…

Que vous dire sur ce métier au pluriel qui me fascine. Je me sens à l’aise dans ce que je fais. Sans prétention aucune, je pense être doué dans ce que j’entreprends, notamment dans la bande dessinée, dans le design, dans l’illustration et les arts plastiques. Toutes ces disciplines se complètent pour moi.

Comment se porte la bande dessinée au Maroc ?

Je dirais qu’actuellement qu’il y a la propulsion d’une nouvelle énergie au Maroc. Nous détenons une bande dessinée alternative qui se décline en dialecte marocain. Les expériences d’avant, c’était des bd en arabe ou en français. Maintenant, la nouveauté réside dans ce changement par rapport à la langue. Actuellement, on écrit en dialecte marocain. On parle le langage que tout le monde comprend. C’est devenu un art populaire. C’est ce qui fait son succès.

Cet art est très consommé par les jeunes Marocains. D’ailleurs, nous concernant, souvent après chaque publication, nous sommes obligés de ré-imprimer tant la demande de nos bandes dessinées est importante. Il faut toutefois rappeler que l’industrie de la bande dessinée marocaine est nouvelle. Dans un passé récent, la bande dessinée était en étroite relation avec le dessin de presse. Il faut noter qu’après l’indépendance de mon pays, quelques journaux offraient des pages à des artistes pour s’exprimer à travers des dessins ou encore des caricatures. Le 9e art est soutenu au Maroc à travers une formation, dispensée à l’Institut des beaux-arts de Tétouan. Mieux encore, les années 2000 ont vu l’apparition d’une multitude de magazines intéressants. L’Institut national des beaux-arts a même consacré une filière à la bande dessinée.

Que représente l’engagement pour vous ?

Un artiste qui se dit engagé est un artiste qui surfe sur les vagues. Il utilise des thématiques pour arriver à vendre ce qu’il veut. L’artiste pour moi, c’est quelqu’un qui répond instinctivement avec ses sentiments, à ses sens, à son univers et son entourage. Peut-être que les gens qui consomment son art vont trouver qu’il est engagé.

Des projets en perspective ?

Il est clair que j’ai plein de projets à concrétiser. A mon retour au Maroc, je compte faire un «spinof» sur ma ville de Casablanca, dans lequel je vais parler de plusieurs expériences que j’ai vécues. J’aimerais bien que cela soit un petit modèle d’exemple pour les jeunes Marocains qui veulent investir dans la ville. Si j’arrive à véhiculer ce message pour une dizaine de jeunes, c’est un gain pour moi. Je vais parler de mes voyages. J’ai, d’ailleurs, fait le tour du monde grâce à la bande dessinée.

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