Mohamed Sahnoun in memoriam

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Quelques semaines avant la visite du président Chadli Bendjedid à Washington, le 17 avril 1985 — la première visite officielle d’un chef d’Etat algérien aux Etats-Unis —j’ai rendu visite à l’ambassadeur Mohamed Sahnoun.

A l’époque, j’étais North Africa correspondant pour le Maghreb du Financial Times et passais deux mois aux Etats-Unis comme invité du gouvernement américain. Je venais voir Si Mohamed, que j’avais rencontré quelques années plus tôt quand il était ambassadeur à Paris afin qu’il me mette sur la liste des journalistes algériens accrédités pour cette visite car la sécurité américaine nécessitait deux mois de préavis bien que je fusse l’invité de leur gouvernement !

«Ils (la SM) n’aiment pas trop ce genre de choses», me rétorqua cet homme d’une courtoisie exquise et dont le sens de l’humour n’avait d’égal que l’immense culture. «Mais j’ai droit à un passeport algérien», ai-je dit à l’ambassadeur, mon grand-père kabyle, fils de l’imam de Tizi Hibel, ayant été converti (sans doute de force) dans les années 1880.

A la veille du 17 avril, de retour à Washington après un séjour à Alger pour les derniers préparatifs avant cette visite importante, M. Sahnoun m’annonça que mon nom figurait sur la liste officielle des journalistes accrédités, le temps de la visite du président Chadli. C’est ainsi que ma seule visite à la Maison-Blanche le fut comme «Algérien d´honneur» en quelque sorte. Ce qui fut loin de me déplaire. Pendant treize ans, de 1979 à 1992, j’ai appris à connaître Mohamed Sahnoun.

Né à Chlef en 1931, ayant rejoint la Révolution et le FLN en 1956 alors qu’il était étudiant à Paris, torturé dans la Villa Susini, il aurait pu chanter, comme Edith Piaf «Non, rien de rien, non, je ne regrette rien» tant cet homme voulut se rappeler de ces Français qui l’avaient alors aidé plutôt que de ceux qui l’avaient torturé. Ce soufi, dont le père dirigeait une petite école privée et descendait d’un marabout de l’Ouarsenis, était un homme de paix, de dialogue comme il l’a montré lors de ses nombreuses missions pour l’ONU en Afrique, notamment en Somalie en 1992.

Le rapport critique sur l’action de l’ONU alors qu’il remit à M. Boutros Ghali lui valut la fureur de ce diplomate ô combien prétentieux et médiocre ! Mohamed Sahnoun était l’ami du peintre Issiakhem et de Kateb Yacine, ces vraies voix de l’Algérie profonde. Il fut, avec M’hammed Yazid et Abdelkader Chanderli, l’un de ceux qui me firent le mieux comprendre ce qu’avait été la lutte pour l’indépendance, le GPRA et Ferhat Abbas.

L’état-major de Ghardimaou a certes joué son rôle mais l’Algérie officielle, celle des officiers, a voulu oublié que ce sont ces hommes autant sinon plus que les armes qui ont présidé à la naissance d’une Algérie indépendante. Il a œuvré avec le président Chadli à un rapprochement avec le Maroc sérieux au milieu des années 1980 que beaucoup en Algérie reprochent toujours à l’ancien chef de l’Etat. En privé, Mohamed Sahnoun était d’une finesse et d’un humour proprement british. Il n’aimait pas se mettre en avant, contrairement à nombre de ses pairs algériens et arabes, boursouflés d’hédonisme et d’orgueil.

Pour moi, il fut un guide, un ami, avec qui j’ai partagé à Washington et Paris quelques repas mémorables avec des amis européens et américains qui partageaient une passion: comprendre ce pays parfois difficile, toujours complexe qui s’appelle l’Algérie.

Par Francis Ghiles 

 

Biographie de Francis Ghiles :

Né le 13 novembre 1944 à Rome

Nationalité française

Centre d’études et de documentation de Barcelone (Cidob)

Elisabets 12, 08001 Barcelona

Tél : + 34 933 026 495, M + 34 618 77 67 63

Email : [email protected]

Skype : francis.ghiles

Langues: français, anglais, espagnol

Formation

1975 – doctorat sur l’économie coloniale, St Antony’s College, Oxford

1972 Mastère en sciences politiques, University of Keele, Angleterre

1965 Diplôme de Sciences-Po, université de Grenoble (avec mention)

Expérience professionnelle

1967-1968 Assistant de recherche de Pierre Mendès-France, député de l’Isère et du maire de Grenoble

(Jeux olympiques d’hiver, 1968)

1975-1977 Rédacteur au mensuel Euromoney, Londres

1977-1982 Rédacteur chargé des Euromarchés, Financial Times

1982-1995 Correspondant chargé du Maghreb, Financial Times

1992 – Cofondateur du Mediterranean Gas Conference

1996 – Membre du Conseil ccientifique de l’Institut de la Méditerranée, Marseille

1997-2000 Chargé d’enseignement, SciencesPo Paris – cours d’Histoire Economique du Maghreb Moderne, DEA Analyse Comparative des Aires Politiques

2001 Enseignant Adjoint à l’ESDES, Faculté Catholique de Lyon

2002-2003 Senior Fellow, EuroArab Management School, Grenade

2002- Fondateur du séminaire North Africa Business Development Forum, Barcelone

2004-2008 Senior Fellow, IEMed, Barcelone

2004-2005 Chargé d´enseignement, Sciences-Po Aix en Provence

2006- Coordinateur du séminaire du coût du non-Maghreb au Tigre nord-africain

2008 Coordinateur Maghreb Regional and Global Integration, Peterson Institute Washington DC

2009- Senior Research Fellow, Centre d’études et de documentation internationales de Barcelone

2010- Coordinateur du séminaire Energy & Regional Integration in the Western Mediterranean

2011- Coordinateur du séminaire Transitions in North Africa Times of Scarcity : finance, employment,

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Foundation, Konrad Adenauer Stiftung, Friedrich Naumann Stiftung, NATO Defense College, Service Canadien du Renseignement de Sécurité, Salzburg Global

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