Mohamed Saïd Beghoul. Expert en énergie : «La situation est critique»

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Mohamed Saïd Beghoul. Expert en énergie : «La situation est critique»

Le ministre de l’Énergie vient de déclarer que le pays ne pourra plus exporter de gaz dans deux ou trois ans en raison de la hausse de la consommation interne. Qu’en pensez-vous ?

Nous sommes dans une situation critique. Nous avons des réserves en baisse, tandis que la production et les exportations sont en net recul. Mais je ne pense pas que nous ne pourrons plus exporter d’ici trois ans. C’est impossible.  Je crois que nous aurons encore quelques années, à peu près une quinzaine, soit en 2030.

Mais pourquoi alors cette déclaration pour le moins alarmante alors que par ailleurs Sonatrach, par exemple, est en train de multiplier les signatures de contrats avec des firmes étrangères ?

Une erreur technique peut-être ? Il y a lieu de savoir en tout cas qu’il n’y a pas eu de contrat depuis 2014, pas d’appels d’offres lancés depuis lors. Les contrats auxquels vous faites référence sont des contrats de développement de gisements qui existent déjà, mais pas de recherche.

Vous conviendrez que cette probabilité est envisagée uniquement dans le cas où le pays n’arrive pas à faire de nouvelles découvertes et donc à améliorer sa production en pétrole et gaz…

En 2030, nous aurons du gaz pour nous mais pas pour exporter. Les exportations actuelles sont de l’ordre de 50 milliards de mètres cubes par an alors que nous en consommons 40. D’ici là (2030), si tout reste inchangé, on va effectivement avoir des problèmes. Dans ces conditions, les recettes des exportations de gaz, qui représentent quelque 40% des recettes annuelles des hydrocarbures, seront amputées de moitié. Ainsi, à l’horizon 2030, sur les 30 milliards de dollars d’exportation, on n’aura plus qu’un niveau de recettes de 15 milliards de dollars, si on ne vend pas de gaz. Il y a là une situation très critique.

Hormis les sources d’énergie alternatives, pensez-vous sincèrement que nous avons épuisé toutes nos chances d’améliorer nos capacités d’exportation face à une demande interne certes en nette progression ?

Avant de songer au gaz de schiste, il faut dire déjà qu’on ne connaît pas toutes les données sur le plan conventionnel. Le Sahara est vaste. Il reste à découvrir… puisque l’on n’a pas exploré toute l’étendue de notre vaste Sahara. Personnellement, je pense qu’il y a encore des chances sur le plan conventionnel avant d’aller vers le non-conventionnel. Et puis l’exploitation des énergies alternatives, c’est un projet de longue haleine au même titre d’ailleurs que pour le gaz de schiste.

Car il faut à peu près 20 ans pour explorer et développer cette ressource. La loi dit qu’il faut 11 ans pour l’exploration, plus une quinzaine d’années pour la développer, contre une dizaine d’années seulement pour le gaz conventionnel. C’est dire que toutes ces énergies alternatives ne pourront pas constituer une solution dans l’immédiat puisqu’il faut au moins 20 ans pour remplacer le gaz conventionnel.

Êtes-vous d’avis de partager le constat de ceux qui pensent que l’Algérie fait face actuellement au problème d’attractivité… ?

Il est vrai que les partenaires étrangers veulent avoir moins de fiscalité possible. Et à ce titre, il y a effectivement un problème d’attractivité du marché pour le moment. On attend la nouvelle loi pour début 2019, mais si cette dernière est sévère, on sera contraint de travailler tout seul dans le domaine de l’exploration.

Qu’en serait-il des engagements internationaux de l’Algérie ?

Cela coïncide avec la fin des contrats avec l’Europe (2019, 2020, 2021). Récemment, nous avons signé un contrat avec l’italien ENI pour six ou sept ans et d’autres contrats avec les Européens sur le marché spot. Donc, il n’est pas question d’arrêter les exportations. La question est de savoir avec quels prix ces derniers contrats seront négociés, puisque les Européens ne veulent plus accepter les prix indexés sur les cours du pétrole (les contrats à long terme). Sonatrach s’apprête à renégocier les contrats. Ce ne sera plus comme avant, c’est-à-dire des contrats de 25 et 30 ans, mais des contrats de moyen terme (8 à 10 ans) ou des ventes sur le marché spot.

Et cela avec des prix à la baisse qui se situeront entre 6 et 7 dollars au lieu de 8 ou 9 dollars pour un million de BTU. Dans tous les cas de figure, les recettes de l’Algérie vont chuter.

El-Watan.com