Omra et Hadj : Le business du tourisme religieux

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Omra et Hadj : Le business du tourisme religieux

La majorité des agences de voyages et de tourisme font leurs recettes avec le hadj et la omra, un business très lucratif. Si le pèlerinage se veut avant tout un voyage spirituel, pour certains il revêt des intérêts commerciaux. 90% des demandes d’agrément d’agences de voyages en Algérie sont motivées par la omra et le hadj !

Un indicateur qui a son importance. Le «tourisme religieux» occupe une part importante des activités des agences de voyages nouvellement créées au nord du pays, et ce, au vu du nombre important de leurs demandes d’ouverture de succursales dans d’autres wilayas. Aidés par une réglementation en vigueur qui facilite l’octroi de l’agrément d’agent de voyages, 90% de ces prétendants sollicitent la licence par le truchement des diplômes des étudiants des nouvelles filières de tourisme lancées par quelques universités algériennes et de l’Ecole nationale supérieure du tourisme (ENST). Est-ce une politique visant beaucoup plus à résorber le chômage des nouveaux diplômés sans réels débouchés dans le monde réel du tourisme ?

«Dans cet esprit, nous pouvons considérer que les pouvoirs publics privilégient l’agence de voyages de proximité, dénuée de l’expérience requise dans ce vaste domaine», a analysé Nadjah Boudjelloua, secrétaire général de la Fédération nationale des associations des agences de tourisme et de voyages (FNAT) lors d’un Forum national sur l’e-tourisme (3 décembre 2017). L’Arabie Saoudite espère accueillir d’ici 2030 quelque 30 millions de pèlerins par an.

En dehors de la période du hadj, des fidèles peuvent effectuer la omra (petit pèlerinage) pendant toute l’année. Au cours des 25 dernières années, 54 millions de pèlerins ont effectué le hadj, l’un des cinq piliers de l’islam, selon des chiffres officiels. Lors d’un reportage ayant pour titre «Pèlerinage, un business éternel», diffusé il y a quelques années sur une des chaînes françaises, il a été mis en évidence que le hadj provoque dans le monde entier un grand mouvement des agences de voyages. Bien que les gouvernements aient décidé d’assainir ce secteur, ce marché reste très lucratif.

Le tourisme religieux est devenu une industrie planétaire. A tel point que La Mecque, destination finale du pèlerinage, est en pleine transformation. Des projets immobiliers voient le jour partout dans la ville. L’Arabie Saoudite compte sur cette nouvelle manne, car plus que le pétrole, le pèlerinage reste une ressource éternelle…

Arnaques ou simples dysfonctionnements ?

Beaucoup reviennent satisfaits des prestations assurées, mais autant rentrent en Algérie déçus après avoir été arnaqués ou mal pris en charge. Gouala A., habitant Bab El Oued, fait partie de ceux-là. Il a interpellé le ministre des Affaires religieuses pour exprimer sa réprobation. Dans une lettre dont nous détenons une copie, il écrit : «Permettez-moi d’exprimer ma réprobation et mon indignation contre le service médiocre et scandaleux de certaines agences de voyages pour le hadj 2018 que vous avez agréées : pour ma part, il s’agit de l’agence de voyages Majestic.

En dehors de la qualité de service indigne s’ajoutent des encadreurs mal formés, qui ne respectent même pas l’âge avancé des hadjis dont la plupart sont malades et l’absence inexpliquée d’un responsable représentant l’agence détenteur du pouvoir réel pour régler les problèmes urgents des hadjis pendant tout le séjour.»

Il témoigne : «Logé à l’hôtel Sarh Al Manamah en compagnie de trois personnes dans la même chambre pour le même service, deux ont été contraintes de payer une taxe de 16 000 DA chacune et les deux autres aucun centime. Une discrimination non conforme à la loi que vos services n’ont pas daigné régler malgré notre protestation sur place.» Il souligne que «parler de tirage au sort immédiatement pour l’édition prochaine sans régler les véritables problèmes et sans se soucier de la santé des hadjis est une fuite en avant, un manquement grave à votre devoir, car étouffer les scandales n’est pas la bonne manière, même si c’est pour garder certains privilèges».

En matière de préparation des campagnes de pèlerinage et de la omra, l’Office national du pèlerinage et de la omra (ONPO) est chargé d’agréer les opérateurs (agences de voyages, transport, hébergement), préparer les cahiers des charges des différentes prestations en rapport, contrôler la mise en œuvre des clauses des contrats de tous les partenaires, faire des études économiques permettant, le cas échéant, la diversification des formules de pèlerinage en fonction des moyens financiers des différentes catégories sociales. Dans ce contexte, 44 agences de tourisme ont été sélectionnées pour organiser la saison du hadj 2019, selon l’ONPO dont 2 publiques. Makdour Brahim, directeur du hadj à l’ONPO, justifie cette décision par les recommandations du Conseil interministériel du 30 octobre dernier, portant maintien du niveau de performance de la saison du hadj 2018 et encouragement des agences de tourisme à l’expérience avérée.

Le but est d’éviter «les erreurs et les dysfonctionnements enregistrés lors des années précédentes». Les rapports de la commission de contrôle et d’inspection relevant du ministère des Affaires religieuses et des Wakfs sur le suivi des agences touristiques dans les Lieux Saints et l’évaluation de leurs activités et performances avaient démontré que la saison du hadj 2018 avait été «meilleure» comparée aux saisons précédentes.

Les professionnels du tourisme déplorent le fait que le ministère des Affaires religieuses ne les associe pas lors de l’élaboration des cahiers des charges relatifs à l’agrément des agences de voyages pour l’encadrement des pèlerins dans les Lieux Saints de l’islam. Le Syndicat national des agences de voyages (SNAV) alerte également au sujet de plusieurs dépassements de certaines agences pour cause de non-respect de leurs engagements vis-à-vis de leur clientèle.

A ce propos, il faut toujours signer un contrat de voyage avec l’agence de voyages, après avoir vérifié au préalable que l’agence en question est agréée pour l’organisation de la omra. Le contrat de voyage garantira au client ses droits en cas de non-respect des clauses.

El-Watan.com