Peinture : Grande exposition collective au MaMo

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Peinture : Grande exposition collective au MaMo

Les œuvres d’une bonne vingtaine d’artistes-peintres agrémentent depuis le 11 décembre les murs du Musée d’art moderne d’Oran (MaMo).

Les tableaux n’ont pas été rassemblés autour d’une thématique précise, malgré la symbolique à laquelle renvoie la date d’ouverture, mais ils proposent au public amateur un large éventail de ce qui se fait dans le domaine. Connu pour ses abstractions «mystiques», le travail de Noureddine Belhachemi n’offre jamais la même face selon la période à laquelle on le redécouvre. En effet, intimement lié à l’affect, les émotions ressentis devant ses «explosions» de couleurs évoluent et se renouvellent sans cesse.

Il procède par petites touches pour construire des univers qui semblent hors de portée à première vue, mais dont on finit par ressentir l’harmonie. C’est une peinture qui pousse à la contemplation et les titres choisis le suggèrent. Confluences, florilèges, exaltation et paix sont autant de chemins méditatifs. Rachid Talbi use presque de la même palette, mais les œuvres de celui-ci constituent un hymne à la beauté. La scène de la cavalerie traditionnelle est d’une finesse hors du commun, car le peintre s’ingénue à reconstituer les détails sans s’y perdre pour ensuite restituer les gestes avec une précision telle que tout semble réel.

Calquer le réel n’est cependant pas le but visé, car il y a toujours chez lui une dimension mythique dans la représentation de ce genre de patrimoine. Rachid Talbi assume bien sa qualité de peintre figuratif et la maîtrise de son art rend son travail accrochant. La version qu’il réalise sur le portrait de l’Emir Abdelkader est parmi les meilleures consacrées à ce personnage historique et son talent se confirme dans les paysages, notamment cette vue sur le port où, fait remarquable, il réussit à restituer les reflets sur l’eau de cette petite flotte de petits bateaux. Une atmosphère sereine se dégage de ce panorama.

Dans la tradition des semi-figuratifs, Saïd Chender se distingue par ses univers féminins au-dessus desquels semble planer un mystère. Des secrets qu’il tente de percer d’une œuvre à l’autre sans jamais y parvenir réellement, ce qui fait durer sa quête. Ses couleurs ne sont jamais vives et les rehauts de blanc accentuent les atmosphères emplies de brouillard dans lequel évoluent ses personnages.

Mais l’esthétique de son travail réside aussi dans la forme, notamment dans sa manière de subdiviser ses toiles en trois parties afin d’augmenter les possibilités d’expression dans une même œuvre. La tendance décorative est menée à son paroxysme par Noureddine Belmekki, fasciné par le travail des teinturiers. L’œuvre de celui-ci est d’une richesse hors du commun pour s’être essayé à plusieurs registres, mais son intérêt pour la «belle couleur» est resté constant.

Il est l’un des piliers de l’Art’mature, une exposition organisée il y a une année dans le même lieu et qui a réuni 5 peintres de la région Ouest considérés comme étant parmi les meilleurs représentants de l’art moderne dans cette région du pays. Pour l’occasion, Belmekki propose des œuvres dichromiques, mais qui ne manquent pas d’attrait.

Faisant partie de la même tendance, mais avec un style bien à lui, Abderrahmane Mekki, directeur de l’Ecole des beaux-arts d’Oran, se distingue par des œuvres mêlant dans un équilibre parfait couleurs et signes décoratifs. Il est coloriste, mais peut très bien se revendiquer de l’école des signes, initiée en Algérie au lendemain de l’indépendance pour mettre en valeur l’art pictural traditionnel millénaire propre au Maghreb et qui a survécu notamment dans l’artisanat. «Répertoire patrimonial» est un des tableaux proposés dans cette exposition mais le visiteur peut aussi admirer les «couleurs méditerranéennes» déclinées dans toutes leurs variantes.

Sur un tout autre registre, Taleb Mahmoud est presque un sculpteur. Ses tableaux s’apparentent à des bas-reliefs, avec des proéminences qui sortent de la toile pour aboutir à un effet inattendu. Des constructions qui sortent d’une imagination débordante. «Art’maturien» en chef, Mohamed Oulhaci est l’un des rares peintres à vivre de son art.

C’est l’une des valeurs sûres de la peinture algérienne, une expérience cumulée durant de longues années, mais un esprit toujours vif et alerte qui lui permet de toujours explorer les nouvelles pistes. Les représentations qu’il fait de la femme sont uniques et sa force réside dans la suggestion. Ses silhouettes esquissées laissent paradoxalement voir des personnages féminins aboutis qui frappent l’imagination. Sa peinture est discrète mais, devant ses tableaux, le visiteur est happé d’emblée par une vision enchanteresse.

Chez Oulhaci, l’essentiel n’est pas dans le paraître et le tape-à-l’œil n’est pas son fort, préférant laisser le soin au spectateur de puiser dans le propre de ses attentes pour faire raconter aux tableaux les histoires qui lui conviennent. Une de ses collections est inspirée des paysages du Grand-Sud algérien, et là aussi l’intérêt n’est pas dans la carte postale, mais dans la restitution de la minéralité qui caractérise cette région désertique, où la présence du vivant relève du miracle. Mohamed Oulhaci s’est récemment aussi essayé à une palette virtuelle en réalisant des œuvres avec l’outil numérique.

Ces «impressions» restent difficiles à appréhender, mais l’expérience n’est qu’à ses débuts. Loin de ces préoccupations, Belkhorissat propose un travail pictural sur les monuments d’Oran, comme le palais du Bey, ou des paysages urbains, tels que le vieux centre-ville de Sidi El Houari. Beaucoup plus subtiles sont les thématiques développées par Adlène Djeffal, qui revient avec des tableaux toujours aussi captivants grâce à un travail visiblement recherché sur la couleur.

Les formes géométriques suggérant les trois dimensions contrastent avec les aplats parfois sans contours des couleurs, mais l’introduction des ces éléments pouvant s’apparenter à des symboles architecturaux sont là peut-être pour dénoncer une urbanisation qui envahit la nature et opprime les humains.

Les acryliques sur toile de Sabah Boudjellal évoquent étrangement les procédés de la peinture sur soie, alors que Kour Noureddine poursuit ses exploits de calligraphe en portant la maîtrise de la langue à son point culminant. Parmi les femmes-peintres, Faïza Tahraoui joue également avec la force de la suggestion et les contours délimitant des visages, un espace laissé neutre, peut traduite autant l’expression d’œuvres inaccomplies que des personnages en décomposition, vidés de leur substance.

Habituellement favorisant les installations, Sadek Rahim participe avec un travail conventionnel, comme tant d’autres, à l’image de Habib Ouadah et ses huiles aux allures de pastels, de Saber Maâzouz, Mersali, Houari Dahmouni.

Fait inattendu au milieu de cette floraison de toiles se niche un des tableaux de Fouzia Menaouar intitulé «La danseuse» inspiré de l’univers fantasmagorique de Baya, dont on commémore le 20e anniversaire de sa disparition survenue le 12 décembre 1998.

Le fait est certainement dû au hasard, mais le détail est une manière de rendre hommage localement à cette dame pionnière et représentative de la peinture algérienne. «L’Algérie éternelle»  est l’intitulé de l’exposition et elle l’est aussi par ses beaux-arts.

El-Watan.com