Production et exportation de Gaz : L’Algérie en difficulté ?

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Production et exportation de Gaz : L’Algérie en difficulté ?

Si nous ne trouvons pas rapidement d’autres solutions pour couvrir la demande nationale en gaz, en hausse constante, nous ne serons plus en mesure, dans deux ou trois ans, d’exporter.» Une déclaration du ministre de l’Energie face aux députés pour le moins inquiétante, qui vient ajouter, en ces temps d’incertitudes sur l’avenir économique du pays, une couche de frayeur sur les perspectives à court terme déjà loin d’être brillantes.

Mustapha Guitouni estime nécessaire de trouver des solutions, mais ne dit pas lesquelles, et se contente d’indiquer que la production nationale de gaz s’élève à 130 milliards de mètres cubes, dont 50 milliards destinés à la consommation locale, 50 milliards à l’exportation et 30 milliards réinjectés dans les puits pour maintenir leur activité. Le ministre précise encore que la couverture de la demande nationale est passée de 32% en 2000 à 62% aujourd’hui, dont 40% en propane, alors que le taux de couverture en électricité, dont la production dépend du gaz, a atteint 99%.

«Avec ce rythme de consommation et une production stable, il n’y aura pas d’exportation, d’où la nécessité de trouver d’autres solutions», dit-il. Passant pour être un pays gazier et misant sur ses capacités de production afin de trouver de nouveaux débouchés pour son gaz sur le marché international, l’Algérie risque avec une telle déclaration de voir d’éventuels partenaires lui tourner le dos, d’autant que la majorité de ses contrats avec l’Europe arrivent à leur terme à la fin 2018 et en 2019.

Il est vrai que ses partenaires européens ont exprimé le vœu de renouveler les contrats avec Sonatrach, mais dire que nous serons dans l’incapacité d’honorer nos exportations d’ici deux à trois ans contredit le discours appuyant le renforcement des capacités de production que tiennent les responsables de la compagnie nationale.

Si nous n’avons pas les réserves nécessaires et les capacités de les exploiter, pourquoi donc l’Algérie penserait à se déployer sur de nouveaux marchés, notamment le marché asiatique, à sa tête la Chine et la Corée du Sud ? Voilà que le plus haut responsable du secteur leur annonce déjà qu’il n’est pas nécessaire de miser sur nous, puisque nous pouvons à peine répondre à nos propres besoins !

Onzième place mondiale en termes de réserves de gaz naturel conventionnel, troisième fournisseur de gaz à l’Europe en couvrant entre 25 et 30% des besoins gaziers du vieux continent, l’Algérie tente de maintenir sa place face à une concurrence féroce sur son marché traditionnel, principalement desservi par la Russie, la Norvège et le Qatar.

Les Etats-Unis occupent à leur tour une place de choix sur le marché de l’offre mondiale en gaz et tentent des entrées sur le marché européen. Selon des prévisions de l’AIE, les Etats-Unis apporteront en 2022 plus d’un cinquième du gaz mondial et deviendront, avec la Russie et la Norvège, un incontournable fournisseur de gaz. Si danger il y a sur les niveaux de production de gaz en Algérie, pourquoi le secteur n’a-t-il pas agi en conséquence ?

En mai 2014, le ministère de l’Energie avait établi une étude qui alertait déjà sur une hausse de la consommation nationale et la nécessité de redoubler d’efforts en matière de production afin d’arriver à honorer ses engagements à la fois internes et externes. Il est inconcevable de venir 4 années plus tard faire le même constat au lieu d’annoncer des résultats ! C’est là un aveu d’échec d’un département qui ne sait même pas donner de suite à ses propres recommandations.

Par ailleurs, les propos du ministre contredisent ceux des responsables de Sonatrach, qui ont passé l’année de signatures en signatures avec des partenaires étrangers visant justement à augmenter les niveaux de production. Un plan d’investissement de 56 milliards de dollars est mis en branle pour les cinq années à venir, dont les deux tiers iront à l’exploration et la production.

La capacité de production de gaz enregistre une hausse de 3 à 4% par an et les réserves sont énormes, affirment les responsables de Sonatrach. Sont-ce donc des effets d’annonce sans résultats probants ou bien est-ce que le ministère de l’Energie et la compagnie nationale d’hydrocarbures n’accordent pas leurs violons ?

Le ministre affirme qu’il faut penser à créer d’autres ressources énergétiques, mais que fait-il donc pour booster le programme d’exploitation des énergies renouvelables ? Ou bien doit-on attendre une aléatoire et coûteuse production du schiste dans une dizaine d’années ? L’Algérien consomme 700 000 m3/an de gaz et avec l’augmentation du nombre de la population en 2030 à 50 millions d’individus, la consommation augmentera, que le ministre le veuille ou pas. Miser sur la rente sans même pouvoir apporter les moyens de sa pérennité est la preuve d’un échec sans appel de la politique économique prônée depuis des décennies.

Des centaines de milliards de dollars, fruits de la rente des hydrocarbures, ont été gaspillés, sans même avoir augmenté les capacités de production ni diversifié l’offre énergétique. Il est scandaleux de venir aujourd’hui dire que si l’on n’arrivera pas à exporter, ce sera la faute à l’augmentation de la consommation nationale de gaz.

El-Watan.com