Quelle issue à la crise ?

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Quelle issue à la crise ?

L’APN entre dans sa troisième semaine de blocage

L’Assemblée populaire nationale (APN) ne semble pas près de reprendre ses activités habituelles, tant que les protagonistes de la crise, à savoir la majorité et son président, campent sur leurs positions. Les conséquences politiques de ce blocage risquent d’occasionner des changements inattendus sur la scène nationale, si l’on tient compte du contexte des rivalités inavouées à l’orée de la présidentielle de 2019.

La crise que traverse l’Assemblée populaire nationale va entamer ce week-end sa troisième semaine et on se demande jusqu’à quand les activités parlementaires resteront l’otage «d’une majorité» qui exige la démission du président, Saïd Bouhadja, pour avoir exercé ses prérogatives en mettant fin aux fonctions de son secrétaire général.

Hier, les chefs des groupes parlementaires FLN-RND promettaient d’augmenter d’un cran leurs actions de protestation en bloquant, à Bouhadja, l’accès à son bureau, alors que ce dernier, toujours très serein et très sûr de lui, déclare que cette majorité «s’est effritée», que «la vraie majorité est avec la légalité».

C’est dire que les deux camps campent sur leurs positions, au moment où les députés de l’opposition, qui étaient dans l’expectative, se réunissent aujourd’hui pour discuter de la grave situation qui règne à l’hémicycle depuis 12 jours et de la position à adopter.

Il faut dire que le gel des activités de l’Assemblée est une action qui n’est prévue nulle part dans les textes. Elle peut avoir des incidences directes sur l’examen des projets de loi, à commencer par celui relatif à la loi de finances, déposé le 30 septembre dernier sur le bureau de l’Assemblée.

En effet, si l’on se réfère à l’article 44 de la loi organique (99/02 du 8 mars 1999) fixant le fonctionnement des deux Chambres, il est clairement stipulé que le projet de loi de finances doit être examiné par l’Assemblée nationale dans un délai de 47 jours à partir de son dépôt au bureau de l’APN, et signé par les deux Chambres dans un délai de 75 jours.

Or, cela fait 11 jours que ce projet de texte attend. Dans une pareille situation, et si la crise persiste, la loi, toujours dans son article 44, est explicite : «Si pour une quelconque raison le projet de loi n’est pas examiné dans les délais, par les deux Chambres, le président peut le promulguer par ordonnance.» Est-ce l’objectif recherché par l’alliance présidentielle ?

On n’en sait rien. Mais il est certain que des forces extra-institutionnelles poussent la crise à une situation de statu quo ou, plus exactement, comme le laisse entendre Saïd Bouhadja, à un vide institutionnel à la veille de la présidentielle.

Le président de l’Assemblée, certainement fort de ses soutiens, nous déclare : «Cette crise trouvera une solution incessamment, mais dans l’apaisement. L’issue sera en faveur de la légalité.»

Il persiste à préciser que ses opposants «ont utilisé tous les moyens» pour le faire démissionner mais «ni mon âge, ni ma conscience, ni ma relation avec le président de la République, ni mon passé révolutionnaire ne me permettent de m’incliner devant ce groupe d’intérêts qui a des visées politiques.

Il vise ma personne et veut me destituer à quelques mois de  l’élection présidentielle, parce qu’il sait que je reste une personne importante et capitale pour ce rendez-vous, dans le cas où le Président veut briguer un 5e mandat. J’ai le soutien de l’une des plus importantes organisations, l’ONM, et aussi celui des anciens condamnés à mort, parce que je suis sur la bonne voie».

Bouhadja précise par ailleurs avoir reçu mardi dernier, en fin de journée, le président de la commission des affaires étrangères, Abdelhamid Si Affif (FLN), et le président du groupe parlementaire des indépendants, Osmani, et la discussion «n’a pas été très longue».

«Si Affif a lui aussi parlé d’un message de la Présidence, qui me demande de démissionner. Pourquoi la Présidence aurait-elle besoin de m’envoyer un émissaire alors que j’ai devant moi la ligne de souveraineté qui me relie à elle ?

Je n’ai jamais parlé de privilèges et je n’en ai pas besoin. Je suis en fin de carrière. Ces propos sur les privilèges que j’aurais exigés sont un pur mensonge. Toute cette crise a été montée parce que j’ai mis un terme aux privilèges dont bénéficiaient ces gens.

J’ai mis un terme au recrutement complaisant, à l’affectation des véhicules, aux frais de mission exorbitants en devises, aux voyages de complaisance, à une gestion anarchique qui régnait au sein de l’administration du Parlement.

La seule chose qui a pu réunir le FLN et le RND, ce sont les privilèges.» Le président de l’Assemblée se montre très optimiste : «Il y a un travail en profondeur qui se fait. Maintenant, tout le monde sait ce qui se passe à l’Assemblée.

De nombreux députés de cette alliance FLN-RND ne sont pas d’accord avec ce qui se passe et disent que leurs noms ont été portés sur la pétition à leur insu. Ils sont même prêts à reprendre le travail.

C’est une question de temps. Aujourd’hui (hier, ndlr), la commission habitat s’est bien réunie et a accompli sa mission. Je ne pense pas que les activités de l’Assemblée resteront paralysées longtemps. Il y aura une sortie de crise incessamment.»

Cette certitude de Bouhadja laisse penser que le rapport de force est, pour l’instant, de son côté, d’autant que ni les menaces de Djamel Ould Abbès, secrétaire général du FLN, ni celles, à peine voilées, de Ahmed Ouyahia, secrétaire général du RND, n’ont réussi à le faire fléchir.

Le soutien de l’ONM, des anciens condamnés à mort et notamment de ses alliés de la famille révolutionnaire de l’est du pays le mettent sur le devant de la scène et risquent même, disent certains observateurs, de mettre en échec les «visées politiques» de l’alliance FLN-RND.

La crise entame cette fin de week-end sa troisième semaine, sur fond de lutte de clans suscitée par l’absence du premier magistrat du pays, affaibli par la maladie, mais aussi des institutions qui habituellement jouent le rôle de médiation, en cas de crise politique qui paralyse le pays.

Bouhadja reste à son poste et des rumeurs persistantes sur un changement de gouvernement font le tour des rédactions. Est-ce le début de la fin ? Nous n’en savons rien.

Cependant, il est certain que cette crise aura des répercussions importantes sur la scène politique à quelques mois de l’élection présidentielle, l’enjeu majeur autour duquel se disputent les uns et les autres… 

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