Qui du CSC ou du MCA est «doyen» des clubs d’Algérie ?

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Épopée d’un grand club : le csc 1898 – 1914 – 1926

La polémique relative à cette question nous interpelle en tant que Clubistes et fils de feu Hadj Mouloud Bouderbala, lequel a été d’une certaine manière récipiendaire de l’histoire du CSC antérieure à 1926, en l’occurrence : l’Iqbal Emancipation 1898 et l’Etoile Club Musulman Constantinois 1914.

Le plus important dans le message transmis par le regretté Si Khoudir Benazzouz, ancien joueur (champion d’Afrique du Nord avec l’ECMC le 3 juin 1917) et dirigeant (1926-1954) réside dans le fait que des Algériens sous l’influence des héros de la résistance, l’Emir Abdelkader, El Mokrani, Cheikh Bouamama entre 1830 et 1900 et Cheikh Abdelhamid Benbadis, Cheikh El Ibrahimi et Cheikh Larbi Tebessi après 1920, ont combattu le colonialisme à leur manière en créant des associations sportives dans le prolongement de la lutte pour la libération du pays, d’où l’appellation du 1er ancêtre du CSC : «Iqbal Emancipation». Emancipation,  terme banni dans le vocabulaire des indigènes que nous étions.

Nul n’a le droit d’occulter ce fait historique qui appartient à tous les Algériens.

Quelques années après la révolte d’El Mokrani, des hommes courageux voyant loin ont estimé indispensable de créer une association musulmane pour se rassembler sous une étiquette sportive, et tromper ainsi l’administration coloniale à laquelle rien n’échappait. Il fallait tout d’abord à ces audacieux choisir les couleurs qu’ils auraient à défendre. Ainsi est né l’Iqbal Emancipation courant 1898 aux couleurs noir pour le deuil et vert en guise d’espoir. L’espoir que l’Algérie sera un jour libre et indépendante, telle a été la vision des pionniers de l’époque réunis dans un coin de la vieille ville (Souika).

Après avoir survécu cahin-caha jusqu’en 1909, avant d’être étouffé par le colonialisme, puis tel un sphinx il renaît de ses cendres toujours avec les mêmes couleurs sous l’appellation de l’Etoile Club Musulman Constantinois (ECMC) en 1914, en plus officiel, sous l’égide de l’USFSA (Union des sociétés françaises de sport athlétiques) pour devenir, en 1926, le CSC, toujours avec les mêmes couleurs,  le vert et le noir, et pratiquement les mêmes dirigeants avec certains joueurs de l’ECMC qui le sont devenus :
(Benazzouz, Derradji, Boumalit, Bentellis, Bendjelloul, Bensouiki, Dr Zerkine, Dr Mouffok, Lefgoun…).

L’Etoile Club Musulman Constantinois (ECMC) a été rarement cité par les journaux de l’époque pour ses appartenances politiques et religieuses certainement, jusqu’au jour où ils ont disputé la finale du championnat d’Afrique du Nord au Champ de manœuvres d’Alger après avoir battu l’AS Montpensier par le score de 2 à 0. Buts marqués d’ailleurs par deux joueurs prêtés par le Sporting Club de Souk Ahras, en l’occurrence Fedaoui Lamri et Zellagui, dit le léopard. Comme rapporté par un joueur de l’époque, celui-là même qui a transmis le message à feu notre père, Si Benazzouz Khoudir, victoire fêtée à Menerville en présence du président de l’époque, le Dr Moussa qui n’a pu assister au match pour raisons professionnelles et du chef de gare qui a fermé l’œil envers les «cireurs resquilleurs».

Voici l’article paru sur la Dépêche de Constantine le 7 juin 1917 (qu’on peut consulter au niveau des archives de la wilaya de Constantine.)

C’est avec ce titre, «l’Etoile Club Musulman Constantinois champion d’Afrique du Nord» que La Dépêche de Constantine du 7 juin 1917 informa son lectorat de l’événement.

«Dimanche 3 juin 1917 a eu lieu la rencontre des championnats. L’Etoile Club Musulman Constantinois avec l’ASM au Champ de manœuvres d’Alger, félicitations aux équipiers qui ont remporté le championnat d’Afrique du Nord. Nous remercions en même temps les sociétés d’Alger ainsi que la population algéroise pour l’accueil très amical qu’ils firent à nos amis.»

M. Fates, avec tout le respect que nous vous devons, en votre qualité de chercheur reconnu et par honnêteté intellectuelle, vous auriez pu rétablir ce fait historique cher à tous les Algériens et qu’ils ont le droit de connaître, surtout lorsqu’on connaît le temps que cela vous a pris (20 ans).En outre, nous tenons à vous informer aussi qu’en tant que champion d’Afrique du Nord, l’ancêtre du CSC au 2e degré l’ECMC, a disputé le tournoi inter-maghrébin à Tunis le 29 septembre 1918 en battant le Stade Africain de Tunis par 4 à 0, avant de l’emporter contre le RSA sur le score de 4 buts à 2. La délégation qui s’est rendue à Tunis était composée de Bensouiki Mohamedd Larbi (vice-président), Kacem Madi (délégué du Comité régional des sports de Constantine), Kadi Ali (Secrétaire général) et enfin, Naceri Hacène (trésorier).

Nous trouvons que votre contribution, parue dans le quotidien El Watan du 16 janvier 2019, est entachée de beaucoup de partialité et dénature l’histoire du nationalisme algérien de l’époque.

Nous n’avons aucun problème avec nos amis du MCA qui a beaucoup donné au sport algérien, ni à l’envergure de ses anciens dirigeants, à l’image de Derriche et de l’exemplaire Aouf, mais ignorer le militantisme et le nationalisme de ce grand club séculaire qu’est le CSC n’honore pas son auteur.

Oui, nous n’avions pas de problème de cohabitation avec les juifs, ni avec les Maltais d’ailleurs qui avaient aussi bien que nous le statut d’indigènes jusqu’à l’avènement du décret Crémieux, décret qui déclare citoyens français les Israélites indigènes d’Algérie.

Le CSC compte plus de 47 chouhada, dont 15 joueurs de l’équipe de 1954/55, tous morts au champ d’honneur. Le 1er a été notre cousin de Benabdelmalek Ramdane.Aussi, nous avons l’impression que vous ignorez que Constantine possédait plusieurs clubs : le Club Coudiat de Constantine (CCC) composé uniquement de Français de souche, l’Union Sportive Lycéenne de Constantine, où l’on retrouve d’ailleurs les frères Guedj, ainsi que le FC Constantine (voir L’Echo sportif d’Alger du 10 février 1917 qui paraissait tous les samedis).

Quelle belle contribution que celle du chercheur et historien Merdaci Abdelmadjid parue dans El Watan du 22 janvier 2019, riche, scientifique, imparable et pleine d’enseignements dont on peut s’inspirer.

Hommage est rendu ici au regretté
Boulebier Djamel pour toutes les recherches effectuées aux archives de l’époque :

– Dépêche de Constantine

– Echos d’Alger

– ENS Editions /La France et l’Algérie : Leçons d’histoires, Frédéric Abécassis, Gilles Boyer, Benoit Falaize

Merci Si Khoudir Benazzouz de nous avoir narré beaucoup d’anecdotes relatives à cette période avec les détails et les précisions de quelqu’un qui ne peut qu’avoir certainement vécu ces moments héroïques et historiques. C’est tout simplement fabuleux.

Merci aussi d’avoir choisi la bonne personne pour écrire cette importante page de l’histoire de l’Algérie sous le colonialisme. La brochure, éditée par feu notre père sur l’histoire du CSC en 1968, a pris 30 ans avant de paraître et demeure l’une des rares en Afrique et même en Europe, d’après Roger Lemerre (champion du monde avec la France en 1998 et entraîneur du CSC). Avec la précision qu’en 1945, il n’existait aucune polémique relative à la doyenneté des clubs musulmans. Comme dit le vieil adage : «Il n’y a pas plus sourd que celui qui ne veut pas entendre» et  «Pas plus aveugle que celui qui ne veut pas voir».

Quant aux supports de la création, outre le S12 (1926), nous possédons aussi le S11 (1916) en attendant de terminer les recherches sur le S10 (1898) lequel, si on se replace dans le contexte de l’époque et de l’acharnement du colonialisme quelques années après la révolte d’El Mokrani et de Mohand Ouali Belkadi, vous comprendrez qu’ils ont tout fait pour étouffer tout ce qui pouvait faire bouger les indigènes que nous étions à leurs yeux.

Nous n’avons pas ici la prétention de nous ériger en historiens, mais 1898 est, reste et demeure pour tous les Constantinois une date irréfutable tout simplement parce que le CSC tient ses racines de cette date. 

El-Watan.com