Rachid Bellahéne. Président du Café littéraire de Cherchell : «Nous voulons satisfaire les centres d’intérêt des jeunes»

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Expliquez-nous docteur, comment votre association, le CLC (Café littéraire de Cherchell, ndlr), déborde sur d’autres thèmes ?

Initialement, notre association était dédiée seulement à la littérature et à la poésie. Avec le temps, nous avons remarqué que les citoyens avaient d’autres centres d’intérêt, je citerai l’économie et l’architecture, comme exemples. Afin de les satisfaire, nous avons décidé de nous ouvrir à d’autres thèmes.

Dernièrement, en présence de l’ambassadeur de Turquie, vous avez organisé une conférence sur le fort turc de Cherchell ?

Je dois rectifier, il s’agit du fort ottoman et non pas turc, car en 1518, on parlait déjà du fort ottoman. En effet, mes camarades avaient exposé en présence des diplomates turcs le résultat d’un long travail effectué sur le fort ottoman de Cherchell depuis le mois de décembre 2015, par un groupe de scientifiques de notre association.

La volonté des éléments de notre association consistait à aller de l’avant dans les recherches, dans l’expertise sur ce monument historique. Nous avons mis les moyens scientifiques dans cette mission.

Notre association se compose d’architectes, d’archéologues, d’informaticiens et de passionnés de l’histoire. Je dois vous dire que nous avons pu bénéficier d’informations précieuses recueillies dans les services des archives à Vincennes (France) par l’un de nos membres, architecte de formation, docteur Samira Alliche.

Grâce aux documents, nous avons réussi à concevoir une restitution de ce fort en 3D. Cette restitution avait servi à une modélisation d’une maquette de ce fort ottoman. Nous l’avons exposée lors de notre conférence, avant de la remettre au Musée national de Cherchell.

Nous sommes curieux de connaître le financement de cette maquette.

C’est Tika, une agence gouvernementale turque de coopération dans le domaine culturel qui avait été émerveillée par notre travail. Elle a répondu favorablement à notre sollicitation. Tika a pris en charge financièrement la réalisation de la maquette du fort. Le maquettiste a été payé par Tika.

Nous avons l’impression que votre association se compose uniquement de jeunes universitaires et chercheurs ?

Non. Certes, il y a des étudiants et enseignants issus des différentes universités qui font partie de notre association, mais nous comptons des personnes qui viennent d’horizons divers, qui ont rejoint notre groupe, car elles s’intéressent à ce que nous faisons ici à Cherchell.

La recherche sur le fort ottoman est-elle achevée ?

Nous avons réussi à finaliser notre travail, grâce aux archives que nous avons pu consulter. Nous estimons que du côté turc il y a d’autres archives qui restent à exploiter.

Le béton a fait disparaître le site sur lequel était construit le monument historique, cela devient virtuel ?

Nous avons réussi à apporter une correction  à la suite de nos recherches. Beaucoup de cartes postales nous faisaient découvrir le fort de Cherchell. La réalité est toute autre. Cette photo de carte postale est la place sur laquelle se trouvait une batterie de canons de défense dirigés vers la mer.

Le fort ottoman a été érigé en amont de ce site qui abrite les canons. Par conséquent, le fort ottoman se trouvait sans aucun doute sous le boulodrome et dans une partie mitoyenne avec cet espace sur lequel les belombras sont plantés. Le fort se trouvait sur la partie nord-ouest de la place romaine de Cherchell.

Avez-vous des équipements technologiques pour faire des prospections sur le site lors de votre mission ?

Nous avons fait une prospection géophysique grâce aux équipements technologiques. Nous avons déduit qu’il reste encore de vestiges en rapport avec le fort de Cherchell.

La prospection avait été engagée sur une profondeur qui ne dépasse pas deux mètres. En outre, si on se réfère aux témoignages de personnes âgées, nous savons maintenant, selon nos témoins, que les autorités avaient creusé durant les années 60 dans cette place romaine. Les tranchées avaient permis de révéler la présence d’une chambre dans laquelle on pouvait descendre par des escaliers.

La chambre était construite en pierre. Il s’agit d’une tour du fort ottoman. Notre premier objectif s’articulait sur la réalisation de la maquette du fort selon les informations recueillies dans les archives. Après avoir atteint cet objectif, nous comptons faire d’autres recherches sur les monuments de la période ottomane à Cherchell, notamment le caravansérail, des habitations, à titre d’exemple.

Nous savons que le Dr Youcef Chennaoui a travaillé depuis de longues années sur cette période ottomane. «Tissu urbain de la période ottomane» est l’un des thèmes d’une de ses publications.

C’est une matière importante pour nous. Notre association s’attellera à rassembler tous ces éléments pour essayer de constituer un fonds documentaire. Nous voulons restituer la mémoire de cette période précise grâce à ce précieux travail du professeur Chennaoui Youcef.

Etes-vous optimiste sur les perspectives que peuvent produire les monuments historiques découverts par votre association ?

D’abord, nous avons réussi à réaliser la maquette du fort ottoman de Cherchell que nous avons déposée à côté de la gravure turque écrite en arabe qui se trouve au Musée national de Cherchell. Nous espérons qu’elle deviendra une attraction pour les touristes et les jeunes Algériens en quête d’informations sur cette partie du passé de notre pays. Il s’agit de la plus ancienne gravure de la période ottomane en Algérie qui est exposée au Musée de Cherchell.

C’est le chercheur turc Tutundji Memet, un spécialiste des gravures ottomanes dans le monde, qui l’affirme. Il est venu à Cherchell en 2007. Celle qui se trouve ici à Cherchell date de 1518. Elle était placée en haut, à l’entrée du fort ottoman de Cherchell. Cette gravure avait été rapportée dans le document de Ber Brugère.

El-Watan.com