Rapport spécial du GIEC sur les conséquences d’un réchauffement planétaire : les messages-clés

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Rapport spécial du GIEC sur les conséquences d’un réchauffement planétaire : les messages-clés

Professeur Noureddine Yassaa. Vice-président du Groupe de Travail I,  Panel de l’ONU sur les changements climatiques (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, Giec)

Rapport spécial du GIEC sur les conséquences d’un réchauffement planétaire  de 1,5 °C par rapport aux niveaux préindustriels et les profils connexes d’évolution des émissions mondiales de gaz à effet de serre, dans le contexte du renforcement de la parade mondiale au changement climatique, du développement durable et de la lutte contre la pauvreté.

Le changement climatique affecte déjà les gens, les écosystèmes et les moyens de subsistance. Il y a des avantages indéniables à limiter le réchauffement à 1,5°C par rapport à 2°C ou plus. Chaque demi-degré compte. Limiter le réchauffement global à 1,5°C n’est pas impossible mais demanderait des transitions sans précédent dans tous les aspects de la société.

Limiter le réchauffement climatique à 1,5°C peut aller de pair avec la réalisation d’autres objectifs mondiaux du développement durable, pour l’amélioration de la qualité de vie de tous. Ce rapport est le résultat du travail de 91 auteurs de 40 pays, et des apports de 133 contributeurs.

Il a passé en revue 6000 publications scientifiques. Les versions successives du rapport ont reçu 42 000 commentaires de plus de 1000 relecteurs de la communauté scientifique et des gouvernements. Synthèse des points-clés du résumé pour décideurs.

La première section porte sur la compréhension du 1,5°C de réchauffement planétaire

Depuis la période pré-industrielle, les activités humaines ont provoqué un réchauffement planétaire de l’ordre de 1°C (entre 0,8 et 1,2°C).

Nous vivons déjà avec les conséquences de ce degré de réchauffement, avec l’intensification d’événements extrêmes, la montée du niveau des mers, et le recul de la banquise arctique, parmi d’autres changements.

Si le monde continuait à se réchauffer au même rythme, le réchauffement planétaire atteindrait 1,5°C entre 2030 et 2052. Alors que les émissions passées, depuis la période pré-industrielle jusqu’à aujourd’hui, vont continuer à provoquer des changements dans le système climatique, ces émissions passées n’amèneront pas le réchauffement à atteindre 1,5°C.

La seconde partie du résumé pour décideurs porte sur les projections des changement climatiques, les impacts potentiels et les risques associés

Les modèles de climat projettent des différences robustes entre aujourd’hui et un réchauffement global de 1,5°C, et entre 1,5 et 2°C.  Chaque demi-degré de réchauffement compte.

Ces différences portent sur l’augmentation de la température moyenne dans les océans et au-dessus des continents, l’intensification des extrêmes de température dans les régions habitées, les événements de pluies torrentielles dans de nombreuses régions et les sécheresses dans certaines régions, comme le pourtour méditerranéen.

D’ici à 2100, la montée du niveau des mers serait 10 cm moins importante si le réchauffement est stabilisé à 1,5°C plutôt que 2°C. Cela se traduirait par 10 millions de personnes en moins exposées aux conséquences de la montée du niveau des mers. La perte de biodiversité et le risque d’extinction d’espèces serait deux fois moindre à 1,5°C que 2°C sur les continents.

Cela induirait aussi des pertes plus limitées de rendements pour les céréales comme le blé, le maïs ou le riz, et d’autres céréales, en particulier en Afrique subsaharienne, en Asie du Sud-Est, en Amérique centrale et en Amérique du Sud.

La population mondiale exposée aux pénuries d’eau serait deux fois moindre à 1,5°C qu’à 2°C. Dans les océans, un réchauffement de 1,5°C entraînera une dégradation de 70 à 90% des récifs de coraux tropicaux, contre plus de 99% à 2°C.  Les conséquences du réchauffement dans les océans serait beaucoup plus élevées à 2°C qu’à 1,5°C, avec par exemple une chute plus importante du tonnage des pêcheries.

Limiter le réchauffement à 1,5°C par rapport à 2°C pourrait réduire de plusieurs centaines de millions les personnes exposées aux risques climatiques et susceptibles de basculer dans la pauvreté.

La troisième partie de ce résumé pour décideurs porte sur les émissions et les transitions de systèmes compatibles avec la limitation du réchauffement climatique à 1,5°C

Cela impliquerait de réduire les émissions de dioxyde de carbone mondiales de 45% en 2030 par rapport au niveau de 2010.

Pour comparaison, limiter le réchauffement à 2°C implique une baisse de ces émissions de 20% d’ici à 2030. Les émissions mondiales de dioxyde de carbone devraient atteindre le «net zéro» autour de 2050. Cela implique que toutes émissions résiduelles devraient être compensées par des actions pour extraire le CO2 de l’air et le stocker de manière durable. Par comparaison, cette neutralité carbone doit être atteinte en 2075 pour limiter le réchauffement à 2°C.

Pour limiter le réchauffement à 1,5°C, la réduction des rejets de substances autres que le dioxyde de carbone qui affectent le climat aurait des effets immédiats sur la qualité de l’air et l’amélioration de la santé publique. Limiter le réchauffement à 1,5°C implique des changements à une échelle sans précédent, c’est-à-dire des réductions d’émissions dans tous les secteurs, l’utilisation d’une large palette de technologies, des changements de comportements, et une augmentation significative des investissements vers les options bas carbone.

Des progrès rapides ont été réalisés dans certains secteurs, et notamment les renouvelables. Il faudrait des progrès aussi rapides dans d’autres secteurs, en particulier les transports et l’aménagement du territoire.

Pour limiter le réchauffement à 1,5°C, il faudrait extraire le dioxyde de carbone de l’atmosphère tout au long du XXIe siècle.

Les méthodes pour cela incluent le fait de planter des arbres, la restauration d’écosystèmes, l’utilisation de la bioénergie avec captage et stockage, les modifications de la gestion des terres, et d’autres approches qui en sont aujourd’hui aux premières étapes de développement.

L’extraction à grande échelle de dioxyde de carbone aurait des implications pour la sécurité alimentaire, la préservation des écosystèmes et la biodiversité.

Les contributions nationales des gouvernements effectuées dans le cadre de l’Accord de Paris depuis 3 ans ne sont pas suffisantes pour contenir le réchauffement en dessous de 1,5°C, même avec des actions extrêmement ambitieuses et difficiles après 2030.

Pour éviter de dépasser 1,5°C de réchauffement planétaire dans quelques décennies, il faut que les émissions de CO2 diminuent de manière substantielle avant 2030,  puis le déploiement de méthodes pour extraire le CO2 de l’atmosphère.

La dernière partie du résumé pour décideurs porte sur le renforcement de la réponse planétaire au changement climatique, dans le contexte du développement durable et des efforts pour éradiquer la pauvreté

Les impacts du changement climatique et la manière dont nous y répondons sont étroitement liées au développement durable et aux Objectifs de l’ONU pour le développement durable (les ODD), qui recherchent un équilibre entre le bien-être pour tous, la prospérité économique, et la protection de l’environnement.

Pour limiter le réchauffement à 1,5°C, il existe un ensemble de mesures d’adaptation et d’options pour réduire les émissions de gaz à effet de serre qui, bien choisies, peuvent avoir de multiples bénéfices pour les objectifs du développement durable. C’est la notion de transitions éthiques et justes.

C’est d’autant plus efficace quand les collectivités locales sont épaulées par les pouvoirs publics nationaux.

Le renforcement des capacités des pouvoirs publics, des collectivités locales, de la société civile, du secteur privé, des populations autochtones et des communautés locales peut porter les actions ambitieuses qui seraient nécessaires pour limiter le réchauffement à 1,5°C.

La coopération internationale est critique pour que cela puisse avoir lieu dans tous les pays et pour tous, en particulier pour les pays en développement et dans les régions vulnérables.

Pour conclure, chaque demi-degré de réchauffement compte ; chaque année compte ; et chaque choix compte.

 

– Yassaa Noureddine est le directeur du Centre de développement des énergies renouvelables et professeur à l’Université des sciences et technologies Houari Boumediene (USTHB).

Il est vice-président du Groupe de Travail 1 du Panel d’experts de l’ONU sur le changement climatique (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC)), membre du Scientific Steering Committee de l’International Global Atmospheric Chemistry relevant du programme Future Earth, membre du Comité National Climat, et dans d’autres instances nationales et internationales.

Le Pr Yassaa a participé à plusieurs COP (Conférences des Parties) sur les changements climatiques et le développement durable. Il a travaillé comme chercheur au prestigieux Institut Max-Planck Institut de chimie en Allemagne aux côtés du prix Nobel de chimie, Paul Crutzen.

Auteur et co-auteur de plus de 70 publications scientifiques internationales et éditeur associé dans des prestigieuses revues scientifiques, le Pr Yassaa coordonne plusieurs projets de recherche nationaux et internationaux.

Ses résultats de recherches ont été couronnés par plusieurs prix, notamment celui du premier prix Chemrawn VII, Chemical Research Applied for World Needs, décerné par l’International Union for Pure and AppliedChemistry (IUPAC) en 2010.

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