Rassemblement des handicapés à la Grande-Poste : «Nous aussi nous voulons nous soigner en Suisse»

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Rassemblement des handicapés à la Grande-Poste : «Nous aussi nous voulons nous soigner en Suisse»

Les personnes aux besoins spécifiques ont pris prétexte de leur Journée nationale, coïncidant avec le 14 mars, pour descendre dans la rue et exprimer leur soutien au mouvement de protestation. L’appel au rassemblement organisé jeudi est lancé par Fouzia Hachaichi. «L’idée est venue d’un ami.

J’ai pris le relais en postant son message sur mon groupe Facebook (Handicapées El Biar). Des camarades ont confirmé leur présence par centaine», signale, tout sourire, l’activiste d’El Biar, qui a l’habitude d’organiser des activités au profit de cette catégorie. Les protestataires, venus d’Alger, mais aussi des wilayas de Médéa, Tipasa, Tizi Ouzou… s’étaient d’abord déplacés à l’APN, mais les policiers leur ont demandé de ne pas «bloquer» le fonctionnement de l’institution. «On leur a dit que notre objectif est justement celui-là : gêner le fonctionnement de l’institution.

On nous a dit d’aller nous rassembler devant le ministère de la Solidarité. On leur a répliqué que la prise en charge des problèmes des handicapés est du ressort de plusieurs ministères, pas seulement celui de la Solidarité», signale Fouzia, installée sur son fauteuil roulant, la main tenant une pancarte en bois sur laquelle est écrit : «Barakat, barakat» (ça suffit, ça suffit).

Des slogans hostiles au régime sont brandis : «Bouteflika, moi aussi je veux me soigner en Suisse» ; «Nous ne sommes pas dhaoui el ihtiyadjat el khassa, lakin dhaoui el ihtidjadjat el khassa» (Nous ne sommes pas des personnes aux besoins spécifiques, mais des personnes aux protestations spécifiques) ; «Où sont les droits des handicapés ?» Les protestataires réclament le «départ» du régime, mais aussi des associations d’aide aux handicapés «qui sont absentes à la manifestation d’aujourd’hui». «Y en a marre des petits fours et des réceptions.

Les DJ (disc-jockey), dont on nous a gavés, on n’en veut plus ! Les associations ont toujours manipulé les handicapés. On nous distribuait des chaises roulantes sous le regard des caméras. Personne n’a respecté notre sensibilité», peste Fouzia. Ayant adhéré au début à une association, elle a fini par claquer la porte. Après avoir protesté contre une agression dans un camp de vacances, elle est poursuivie pour «diffamation» par la présidente de la Fédération algérienne des handicapés moteurs. «J’ai été injustement condamnée en première instance à deux ans de prison et à une amende de 50 000 DA. En appel, la cour m’a condamnée à moins, mais je n’ai pas payé à ce jour», enrage-t-elle.

Les protestataires s’étaient rassemblés, en fin de journée, à la Grande-Poste. Les revendications socioéconomiques ont été mises en avant par les manifestants qui estiment que le chef de l’Etat n’a revalorisé que petitement l’allocation d’handicapé (de 3000 à 4000 DA). Technicienne supérieure en informatique depuis 2011, Myriam Bouderbala est embauchée dans le cadre de l’ANEM à Souagui (Médéa). «L’aide mensuelle de 4000 DA, que nous percevons souvent en retard, est insuffisante. Quand je descends sur Alger pour ma séance de kinésithérapie, mon père est obligé de louer un taxieur pour 5000 DA.

Et quand par chance, tu as un poste, on t’enlève cette pauvre allocation. Les textes doivent être changés, mais aussi ceux qui sont censés les appliquer», suggère Myriam, le visage à moitié couvert par l’emblème national. La technicienne de Souagui, qui poursuit un cursus à l’UFC, affirme que les handicapés des localités de l’intérieur sont «complètement abandonnés». «Des localités reculées des wilayas de l’intérieur n’ont absolument rien, ni médecin ni équipements, etc. Beaucoup d’handicapés sont chez eux, sans aide, ils ne savent même pas ce qu’est une couche. Pour acheter un déambulateur à 4500 DA, ils sont obligés de débourser plus que cette modique pension avec toutes les visites médicales», s’alarme-t-elle.

Juriste de formation, Gueffal Adila est recrutée par les services des impôts de Rouiba. «Je suis handicapée à 80%. Pour mon malheur, j’ai eu un accident de voiture. Je suis comme tous les employés, je n’ai pas un régime d’exception, comme l’exige la loi (loi n°02-09 : consacrer 1% des postes de travail pour faciliter l’insertion des handicapés). A ce jour, j’attends un poste permanent», raconte Adila.

Porte-parole de l’Association des victimes d’Octobre 1988, Azzouaou Hamou El Hadj dénonce l’«exclusion» de cette catégorie de la société par les décideurs. «Ici ce sont les handicapés physiques, mais là-bas au Parlement, ce sont les handicapés mentaux», tranche-t-il. Des citoyens s’étaient joints au sit-in des handicapés avant que n’intervienne la police pour les disperser.

El-Watan.com