Réflexion sur le cinéma algérien : Un certain regard, une incertaine vision

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Réflexion sur le cinéma algérien : Un certain regard, une incertaine vision

Qui a peur d’un syndicat/d’une Association des cinéastes Algériens. Qui préfère la division des cinéastes que leur union, les politiques, les responsables ou les réalisateurs eux-mêmes ? Le choix de l’intérêt personnel ou de l’intérêt général. Qui tire profit derrière l’absence de cette structure et son étouffement. A qui profite ce crime ?

Pour que le cinéma algérien continue à exister dans sa diversité, dans le pays et en dehors des frontières, nous avons besoin des réalisateurs de tous âges. A notre époque, la crise, le manque de moyens et la précarité frappaient à nos portes. Sur le plan artistique et cultuel, le cinéma est devenue éphémère et bientôt il sera destiné aux quelques privilégiés.

Si l’ensemble du secteur ne s’organise pas dans une association forte ou un syndicat réellement représentatif, les créateurs et leurs familles seront lâchés à l’abandon. Alors jeunes cinéastes et aînés disons stop et rassemblons-nous dans une association pour revendiquer nos droits. Vu le flou économique dans notre pays, les cinéastes algériens doivent survivre comme tous les cadres du pays. Et, pour subsister aux besoins, ils doivent consolider l’amour du cinéma à la création et à la conviction. Ces trois valeurs humaines et intellectuelles sont les piliers de la croyance de tout réalisateur. Cette approche à la profession est inéluctable, et même irréfutable.

Cet atout doit être partagé par l’ensemble des réalisateurs. Objectivement, c’est dans l’amour à notre métier qu’on se réunit. C’est une obligation capitale et primordiale pour notre continuation à exercer. Cette particularité est un lien fort entre les cinéastes avant de défendre tout intérêt collectif. Même au temps de la crise, une fois que cette notion est acquise, la diversité, les propos, la différence d’âge, les intérêts, l’avancée avec étiquette ou sans ne fragilisent jamais la production cinématographique. Les cinéastes algériens doivent prendre les dispositions convenables et s’organiser dans une association pour que leur action soit commune et entendue.

Uniquement, dans ce cadre, leurs revendications se préciseront et par conséquent leurs objectifs seront atteints. Les cinéastes peuvent faire écouter leur voix seulement dans une association/un syndicat. Ils seront liés autour d’un écrit solennel destiné à régulariser les droits et les devoirs signés par tout réalisateur respecté et respectable. Si les cinéastes marocains, tunisiens, burkinabés, belges, iraniens et français sont présents dans les grandes manifestations cinématographiques, c’est grâce à leur union en associations et au nombre important de films qu’ils produisent ! Nous, les cinéastes algériens, nous pouvons nous structurer, nous unir et parler d’une seule voix afin de revendiquer des droits. Le droit au travail dans tous les pays du monde, les cinéastes de toutes les générations, femmes et hommes, sont autour d’une table dans un cadre officiel reconnu par les autorités pour débattre et réfléchir sur le présent et l’avenir du cinéma. A titre d’exemple, les Français sont unis dans des associations comme la SFR/l’ARP.

Du cinéaste le plus ancien, comme Lilianne De Kermadec, Costa Garvras, Claude Lelouch, en passant par Pierre Jolivet, Beineix, Abdelkrim Bahloul et d’autres, au dernier jeune réalisateur du dernier court métrage. Des centaines de cinéastes activent dans l’intérêt général dans ces deux associations. Ils organisent la Quinzaine des réalisateurs à Cannes et réalisent 250 films par an, entre CM et LM présents dans tous les festivals français et européens. Les Burkinabés, unis dans l’ABCA, organisent le Fespaco, un de plus grands festivals au monde, avec une production de 15 films/an. Les Marocains, dans l’association : URAM. Cette union est derrière des dizaines de festivals et une vingtaine de films produits et coproduits chaque année, sans parler de leur ville de cinéma bien sûr, sans citer les cinéastes tunisiens et égyptiens…

Par le passé, il existait à Alger une association présidée et utilisée par des «réalisateurs». Dans ce contexte morose, nous, les cinéastes algériens, posons-nous les questions suivantes: Cette association, elle est où ?, à quelle adresse?, chez qui elle est hébergée ? dans quel lieu ou dans quel espace ? Dans quel agenda figure-t-elle? Où est-elle gardée? Ce lieu nous ne risquerons pas de le trouver même parmi les tombes. Est-ce que l’Union des cinéastes algériens fait peur à l’institution, fait craindre le pouvoir, les décideurs et les politiques ? Qui a peur de cette association ? fait-elle obstruction aux intérêts financiers d’une minorité de réalisateurs ? Dans quel intérêt ce statu quo demeure-t-il ? Et qui tire profit de la division des cinéastes ? A qui profite ce crime ?

Avec une franchise mitigée et dans le doute, répondons par les arguments suivants :

1°) certains porteurs de projets qui cavalent seuls et qui, grâce à leur propre intrusion, arrivent à réaliser des films de commande de tel ou tel ministère, particulièrement celui des moudjahidine. La plupart des professionnels les surnomment les «événementistes». Oui et why not, C’est innocent. Il y a des passe-droits dans tous les cinémas du monde.
Mais ces réalisateurs, leur réunion au sein d’une association remonte à quand ?
2°) Nous, cinéastes, avons-nous le complexe de nous regarder dans les yeux et de dire les choses, de partager des points de vue, d’échanger des idées et des conseils, de nous mobiliser dans un collectif, de prendre la parole, de dénoncer ou d’applaudir tout en laissant nos différences de côté ?
3°) Dans le cinéma, il y a trop d’argent en jeu à encaisser. Certains d’entre nous se montrent intéressés et se moquent totalement de la qualité du produit. Pour eux, les autres réalisateurs savent vivre avec des muettes.
4°) Est-ce que cette division est un prétexte pour que le pouvoir mette au clair de la lune uniquement des cinéastes acquis à sa cause et à son éternité ! comment fera-t-il dans les nuits sombres ?
A titre de rappel, certains parmi nous applaudissent et cautionnent le pouvoir et le régime en Algérie dans le but de tirer profit, et quand ils sont sous d’autres cieux, ils crient ‘‘pouvoir assassin’’.
Admettons que ce soit humain. L’Iran est gouverné par des fanatiques, mais aucun cinéaste ne chôme. Le Chili est géré par un dictateur, mais le cinéma chilien est présent partout, sans parler de la Colombie.

La Belgique, un pays qui est resté sans gouvernement fédéral pendant des années, alors que le cinéma belge rafle des prix, le Burkina Faso, malgré que le pays ait été gouverné par un président pendant presque trois décennies, leur cinéma n’a pas cessé d’évoluer. Notre pays produit 3 films par an et 90% de nos réalisateurs vivent dans la précarité totale.
5°) Aussi, est-ce que le cinéma ne doit pas être accessible à tous les enfants du peuple algériens ?
6°) Nous avons un héritage pauvre, l’adjectif est faible. A travers les dernières décennies, les pratiques du ministère de la Culture et les ministres successifs y sont pour quelque chose. Ni cinéastes ni responsables n’ont eu le courage démocratique de se réunir des deux cotés de la table sans gérer le «sous-table».

Et, de négocier d’une manière transparente le meilleur du cinéma algérien, à savoir l’écriture, la formation, la production, l’argent, le processus créatif. Et aussi développer une réelle politique qui débute par la conception d’un récit à la distribution et la diffusion du film algérien. Et aussi, mettre en place une régulation adéquate du secteur cinématographique. La promulgation d’un décret présidentiel qui contraint les chaînes publiques et privées à acheter des films algériens sans négliger la participation obligatoire de ces télévisons dans la production cinématographique. Sans volte-face, tout comportement en dehors d’une association/syndicat est voué à l’échec. Les années précédentes ont prouvé la déception de toutes les générations. Et sans statut, nous ne serons jamais crédibles. Poussons notre raisonnement au bout, car la réflexion et la lumière font une seule unité dans un film.

Et exploitons des brins de réponses et des suppositions à ce statu quo. Sans ce cadre, les réalisateurs algériens sans exception ne sont même pas dans un ensemble vide. La déchirure, la division, les intérêts personnels et la manipulation les guettent, et de surcroît toute initiative est avortée dans l’œuf. D’une manière pratique, cette association permet aux créateurs de parler d’une voix forte et d’emprunter la bonne voie. Elle sert à défendre leurs intérêts, leurs emplois, leurs besoins et leur place dans la société algérienne. Et pour produire des films, les cinéastes doivent s’organiser au sein de cette association, dont les droits devraient être protégés et défendus. Chaque réalisateur trouve son intérêt et sa préoccupation. «Un ex- haut responsable de la TV nationale a déclaré dans un cercle privé avoir réussi à inviter trois réalisateurs pour discuter de l’apport financier de la TV dans la production cinématographique.

Après son accord de principe, il attendait une déclaration commune pour officialiser la démarche, en vain ! Par la suite, il a reçu individuellement ces trois interlocuteurs qui ne sont pas des moindres. Lors de l’entretien, chacun critiquait et cassait les deux autres pour mettre en évidence son propre projet… Par cet exemple et de cette fenêtre, tout établissement public ou privé et tout haut responsable a besoin d’un vis-à-vis fort et convaincu de sa cause pour négocier, choisir, décider en accord commun avec lucidité. Et ce vis-à-vis s’appelle, Association/Syndicat des cinéastes algériens. Cette structure mène une action contre l’arbitraire, la censure, la pression, la précarité. C’est l’unique moyen pour la visibilité, la représentation et l’Union des réalisateurs algériens. Par alternance, les représentants de celle-ci doivent accompagner le ministre dans tous ses déplacements et marquer leur présence dans les échanges culturels entre notre pays et le reste du monde.

Le mot «groupe »fait mouche lorsqu’on aborde le cinéma, on défend un intérêt général ou on s’engage derrière une cause. A ma connaissance, Un groupe distingue la formation des individus dans un même lieu, sans charte ni éthique. Et combien de groupes doit-on former pour défendre les intérêts des cinéastes? Combien de pétitions doit-on signer par an ? Et pour combien de temps ? Admettons, alors quels sont les critères pour appartenir et les conditions pour adhérer à ces groupes ? C’est étonnant. Beaucoup d’auteurs, dont moi, n’avons pas de réponse et si cela explique l’union et l’approche, nous serons condamnés de rester au pied de la lettre. Des groupes minuscules alimentent davantage la division et l’exclusion. Sachant que ces deux procédés sont à l’origine de la décadence du cinéma algérien et de l’éloignement des réalisateurs algériens de grand talent, comme Rabah Boubarass, Beloufa (allah Y’rhmou), Rabah Laâradji, la liste est longue. D’autre part, l’enrichissement de certains individus et leurs familles au nom du cinéma national.

Notons bien qu’une association fortement représentative des toutes les générations aux cinématographies variées, sera la bienvenue. Elle sera l’image, la vitrine de la diversité et de la richesse du cinéma national. Ses membres seront présents impérativement dans les commissions de lecture des textes, dans l’attribution des subventions, dans les commissions des visionnage, dans les jurys, dans les festivals.

Et, toute démarche dans ce sens doit être rendue à l’opinion publique, soit sur le site de cette dernière, soit dans les médias. Ces membres doivent participer quotidiennement sur le plan national et international aux grandes rencontres cinématographiques. Ils négocient les impératifs du secteur, adoptent avec la tutelle des décrets et des lois. Ils participe aussi activement dans le monde audiovisuel à l’émergence de nouveaux réalisateurs, aux obligations des organismes publics et privés qui diffusent des programmes télévisés. A la transparence économique, à l’exposition et l’exploitation des films en salles…

Dans une association organisée affichant indépendance et clarté, techniciens et auteurs trouveront la place et seront animés par la vocation et l’amour du cinéma. Par déontologie, ils laisseront à la porte toute idée régionaliste, clan, caste et parti pris. La seule revendication, ce sont les droits du cinéaste algérien. Comme, le font bien actuellement les médecins, les anciens militaires et d’autres professionnels. Par cette association, les cinéastes participent à l’évolution de la société civile, apportent de la réflexion et de l’engagement sur le plan intellectuel, artistique et culturel. Sans cette vision, les cinéastes algériens, s’ils ne meurent pas au petit feu ils tomberont dans le discours opportuniste, dans la manipulation et dans la division. Cet avenir sombre, moi, comme beaucoup d’autres faiseurs d’image, nous le rejetons.

Vive l’union
Vive le cinéma

Djamel Azizi, réalisateur

 

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