Regards croisés sur leurs expériences respectives

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Regards croisés sur leurs expériences respectives

Rencontre de deux bédéistes africains au Panaf du Sila

La bande dessinée africaine a du mal à s’imposer en Europe.

La bande dessinée en Afrique a été au centre d’une conférence, mardi après-midi, au niveau de l’espace «Esprit Panaf» du Sila, animée respectivement par les bédéistes, Christophe Ngalle Edimo (Cameroun) et Al’Mata (Congo).

Les deux artistes très prolixes — des habitués de l’Algérie pour avoir participé au Festival international de la bande dessinée d’Alger — sont revenus sur leurs parcours respectifs, avant de faire un état des lieux de la bande dessinée en Afrique et en France. Le Camerounais Christophe Ngalle Edimo estime que la bande dessinée est une manière de raconter des histoires en associant des images et de faire une mise en scène. «Le but du jeu, précise-t-il, c’est d’avoir des histoires à raconter. Ces histoires en général viennent de nos vies.

On fait des histoires seulement basées sur l’émigration. Derrière le problème de l’émigration, c’est celui de l’adversité, la place de chacun dans la société qu’on essaye de prendre comme sujet de réflexion.» L’orateur se pose plusieurs questions : «Doit-on rester éternellement au Congo parce qu’on est d’origine congolaise ?

Est-ce qu’on peut avoir un univers de référence différent ? Quelle est la place de chacun dans la société ?» Christophe Ngalle Edimo indique que «ces héros ne sont pas là pour présenter un mode d’emploi pour l’émigration. Ils sont plutôt là en quelque sorte pour protester d’une manière comique sur des situations qu’on refuse.» Christophe Ngalle est convaincu qu’il faut prendre parti lorsqu’on décide de raconter une histoire.

On doit provoquer une ouverture à travers des personnages sympathiques évoluant dans des histoires crédibles. Les deux intervenants ont soutenu qu’il fallait se battre pour s’imposer sur le marché, notamment français. Al’Mata note que dans chaque travail il faut se battre pour avoir sa place et se faire connaître dans la bande dessinée africaine.

Pour Christophe Ngalle Edim, les éditeurs français sont réticents à éditer des auteurs africains. «Nous sommes, dit-il, incompris.  Les éditeurs nous disent que ce que nous faisons est intéressant, mais nous demandent de changer de récit et la physionomie des personnages pour être connus et gagner plus d’argent». Les deux comparses sont unanimes pour affirmer qu’en Afrique il n’existe pas de vrais éditeurs ni de professionnels dans le domaine de la BD.

Pour Christophe Naglle Edimo, ces éditeurs n’ont pas forcément la passion du livre ou de la bande dessinée. «C’est à nous, auteurs, de leur expliquer ce que devrait être leur travail. En espérant aussi qu’ils puissent construire des réseaux de distribution afin que nos sujets puissent être vus, puisqu’en Afrique, en Afrique noire, en Algérie et en France on recherche en général des possibilités en coédition, si possible en Afrique.

Nous avons certaines expériences dans ce sens-là. Au Cameroun, on persiste à faire en sorte que le prix de la bande dessiné soit divisé par 4 ou 5. Donc on continue à être diffusés en Afrique, car souvent on fait des sujets propres à l’Afrique. Là, je suis en train de réfléchir sur une bande dessinée qui lèverait le voile sur l’excision en Afrique», explique-t-il.

En guise de conclusion, les deux bédéistes ont tenu à préciser que même s’ils vivent à l’étranger, le cordon ombilical avec leurs pays respectifs n’a pas été rompu. Selon eux, la bande dessinée s’assimile à la littérature puisqu’elle fait appel à la lecture. «Nous pointons du doigt des sujets sociaux qui nous touchent, comme cela se fait dans l’univers de la littérature. On est profondément ancré dans le vécu, dans notre réalité.

A travers la BD, nous faisons passer des messages sur un ton humoristique. On s’autorise de traiter des thèmes sensibles. Tous les sujets possibles sont abordables. Il y a un vrai travail sur le réel. Et nous en sommes fiers», argue-t-il.

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