Saïd Bouhadja-FLN : Duel à distance

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La guerre des nerfs et des tranchées opposant les partis de la majorité présidentielle – emmenés par le Fln  et qui regroupe le Rnd, le Mpa et Taj, appuyés par le groupe des indépendants – au président de l’Apn, Saïd Bouhadja, se poursuit.

Annoncé à plusieurs reprises comme imminent, le départ du président de l’Apn, qui avait été alimenté par une avalanche de rumeurs, relayées alternativement par les deux parties en conflit, s’est révélé n’être que des actions psychologiques destinées à affaiblir l’adversaire et à le faire douter sur l’issue de la crise.

Selon des sources proches du Fln, mercredi dernier, le président de l’Apn avait convoqué une équipe de l’Entv pour annoncer sa démission avant de se raviser. Du côté des insurgés, les déclarations de Bouhadja faites sur les colonnes d’El Watan, dans un entretien paru jeudi dernier, ont dominé les débats et les discussions des adversaires du président de l’Apn ce week-end.
La riposte est cinglante. «Bouhadja ment sur toute la ligne», accuse-t-on au Fln.

On perçoit chez ce vieux militant du parti presque des signes de sénilité. Le scoop annoncé dans cet entretien par Bouhadja quant à la candidature de Bouteflika pour un 5e mandat, que laissait suggérer le message que lui aurait fait parvenir le député Fln de l’émigration de la part de la «famille Bouteflika», le pressant de s’investir plus activement dans la bataille électorale, est balayé d’un revers de la main. «Le député Bouras nous a appelé pour démentir formellement avoir abordé le sujet avec le président de l’Apn comme le lui a imputé ce dernier», confie-t-on. «C’est, encore une fois, une tentative de Bouhadja de faire croire que c’est un homme qui fait partie du pré carré présidentiel», commente-t-on. L’opinion publique qui suit ce duel à distance a fini par se perdre dans ce jeu d’accusations à charge que s’échangent les deux parties. La guerre des chiffres que se livrent les protagonistes autour des signataires de la motion de défiance des parlementaires contre le président de l’Apn n’est pas près de s’estomper. «D’où Bouhadja a-t-il sorti cette liste imaginaire de 65 députés dont il parle?», s’étonne-t-on au Fln. Les dirigeants du parti persistent et signent. «Nous avons bel et bien collecté 352 signatures», précise-t-on pour répondre à ceux qui mettent en doute cette performance réalisée en un week-end, que les groupes parlementaires frondeurs ont installé leurs quartiers et leurs états-majors de crise au sein de leurs permanences à l’Apn, ce qui a facilité l’opération de collecte des signatures.

«Les députés absents ont apporté leurs soutiens par Sms», indique-t-on. «La liste n’a jamais été déchirée, comme le prétend Bouhadja, pour la simple raison qu’elle n’a pas été remise au président ; l’original est au niveau du siège», insistent les mêmes sources. Le président de l’apn est dépeint par ses anciens compagnons frontistes, sous les traits peu élogieux d’homme cupide, peu porté sur la concertation et la co-gestion au sein de l’Assemblée. Mais alors, pourquoi le FLN a-t-il donné son onction à la candidature de Bouhadja au perchoir, si l’homme n’était pas digne de confiance et ne remplissait pas les conditions pour assumer les charges qui sont celles du troisième personnage de l’Etat ? «Erreur de casting», regrette-t-on au FLN. Plébiscité, ovationné, à chacune de ses interventions, dans les rangs de la majorité parlementaire, jusqu’à l’avènement de cette crise, il est accusé aujourd’hui de tous les maux et de toutes les tares.
Même sa probité morale est mise en doute.

Après lui avoir coupé les connexions avec le bureau de l’Assemblée, les commissions permanentes de l’Apn qui ont gelé leurs activités, après lui avoir verrouillé l’ultime fenêtre de l’action diplomatique qui lui restait pour continuer à exister politiquement, les groupes parlementaires, en rupture de ban avec le président de l’Apn, ont engagé un audit sur la gestion de Bouhadja, a-t-on appris de bonnes sources. Les premiers éléments de l’enquête seraient accablants, selon ces mêmes sources, qui révèlent que «rien que pour les frais de restauration et de réception, la facture a de quoi donner le vertige». L’assurance affichée par Bouhadja pour la poursuite des activités de l’Apn, en dépit de son état de léthargie, en s’appuyant sur la poignée de députés, n’est pas partagée par les parlementaires contestataires qui s’étonnent que leur président méconnaisse à ce point les textes organiques régissant le fonctionnement de l’Apn. «Sans le bureau et les commissions permanentes, il ne peut pas y avoir de vie parlementaire», corrigent les détracteurs de Bouhadja. Face à la première épreuve de force qui s’engage autour de l’examen de la loi de finances qui risque, si la crise perdure, de ne pas emprunter les circuits législatifs ordinaires, ces derniers se montrent sereins et rappellent que la Loi fondamentale autorise le président de la République à promulguer la loi de finances par ordonnance.

En engageant le bras de fer avec Bouhadja, forts de leur force numérique, les groupes de la majorité parlementaire avaient sous-estimé les capacités de résistance du vieux moudjahid qui a reçu hier, fait inattendu, le précieux soutien de l’Organisation nationale des moudjahidine, lequel intervient après la volte-face des militants de Tizi Ouzou qui lui avaient apporté un soutien qui n’aura été que de courte durée.

Partie d’un conflit de travail entre le président de l’Apn et son secrétaire général limogé, la crise est allée crescendo pour s’installer sur le terrain de la gestion, de la probité morale avec en toile de fond des accusations mutuelles de servir des intérêts politiques clairement assumés pour certains, inavoués pour d’autres, dans la perspective de la présidentielle de 2019.

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