Saïd Boukhelifa. Président du SNAV et expert international en tourisme : «Ouvrir la voie aux ATV ne signifie pas rester laxiste et sans réaction»

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Saïd Boukhelifa. Président du SNAV et expert international en tourisme : «Ouvrir la voie aux ATV ne signifie pas rester laxiste et sans réaction»

Les agences de voyages et de tourisme entretiennent des relations tendues avec l’Office national du hadj et de la omra (ONPO). Quelles en sont les raisons ?

Ces relations demeurent tendues depuis une dizaine d’années du fait de la frustration de beaucoup d’agences qui aspirent à participer à l’organisation de l’opération hadj et qui ne sont pas retenues.

Vous qualifiez la situation des activités hadj-omra de «tumultueuse». Pourquoi ?

Elles sont tumultueuses à cause du manque de communication et de transparence de la part de l’ONPO. Ce qui provoque des rumeurs et des suspicions. Le produit hadj est très rémunérateur, c’est un produit de tension commerciale.

44 agences de tourisme ont été sélectionnées pour organiser la saison du hadj 2019. Est-ce une garantie pour réussir le prochain pèlerinage ?

44 agences de voyages ont été sélectionnées sur la base d’un cahier des charges bien défini mais auquel les opérateurs (ATV) en hadj-omra n’ont pas été associés afin d’y apporter leur contribution. Ces 44 agences ont été reconduites encore pour deux ans (trois en tout). D’autres sont frustrées de ne pas pouvoir y participer et d’être écartées durant trois ans.

Les rapports de la commission de contrôle et d’inspection relevant du ministère des Affaires religieuses et des Wakfs sur le suivi des agences touristiques dans les Lieux Saints et l’évaluation de leurs activités et performances a qualifié la saison précédente de «meilleure». Réalité ou simple effet d’annonce ?

Le rapport d’activité du ministère des Affaires religieuses concernant les agences de voyages ayant organisé l’opération hadj 2018 a été globalement positif. C’est certain, il y a des ATV qui ont acquis une grande et riche expérience, maîtrisant tous les aspects organisationnels du pèlerinage. Mieux que l’ONPO d’ailleurs.

Et j’ajouterai que pour 2020, il faudrait songer à en retenir 60, puis 80 en 2021, ensuite 100 en 2022, et in fine, arriver à faire retirer l’ONPO de l’organisation du hadj. En effet, ce n’est pas le rôle de l’Etat de réserver des hôtels, des bus, des guides-accompagnateurs, c’est aux agences privées qualifiées, compétentes, professionnelles et intègres de s’occuper de ces prestations religieuses. L’Etat n’a pas à être prestataire de services, le tour-operating, ce n’est pas son rôle du tout, c’est celui des tours-opérateurs et agences spécialisées en hadj.

Ceci dit, ouvrir la voie aux ATV ne signifie pas rester laxiste et sans réaction, il faut sévir fermement, sans complaisance vis-à-vis des agences gravement défaillantes, intervenir pour fermer leur bureau, et s’il y a lieu, il faut inciter et accompagner les pèlerins victimes à porter plainte et recourir à la justice. Dans un premier temps, l’ONPO peut sélectionner lui-même les hôtels convenables par lesquels les ATV doivent transiter et écarter les mauvais hôtels à éviter impérativement par ces mêmes ATV. Au bout de trois ans, le ministère des Affaires religieuses devrait ne plus s’occuper des structures d’hébergement.

Enfin, on parle toujours de deux ou trois agences défaillantes (600 pèlerins environ), mais on occulte les milliers de mécontents qui sont encadrés par l’ONPO.

Les institutions ailleurs n’organisent pas les voyages religieux, elles les régulent, les encadrent juridiquement, les accompagnent, les orientent, car les priorités de l’Etat sont l’école, la santé et la sécurité.

El-Watan.com