Syphax réhabilité, l’histoire écrite par les vainqueurs au pilori

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Le colloque a été présidé par une sommité mondiale, l’Algérien Mounir Bouchenaki, archéologue et conseiller spécial de la directrice générale de l’Unesco qui a appelé à une réécriture de l’histoire antique dans l’objectivité.

Syphax aura une statue et un film, un docu-fiction lui sera consacré. C’est ce qu’a annoncé Si El Hachemi Assad, secrétaire général du Haut commissariat à l’amazighité (HCA), à la faveur d’un point de presse juste après la cérémonie d’ouverture officielle dans une ambiance de gaieté au siège de la wilaya, seul lieu disposant de commodités suffisantes pour tenir un colloque.

Mais le plus notable assurément s’est produit lors de la première des séances du colloque qui a vu Tite-Live cloué au pilori et Syphax enfin réhabilité. Cette entame était présidée par une sommité mondiale, l’Algérien Mounir Bouchenaki, archéologue et conseiller spécial de la directrice générale de l’Unesco qui appelé à une réécriture de l’histoire antique dans l’objectivité.

A la fin de la cérémonie d’ouverture, le Pr Mohamed El Hadi Harèche, coordinateur scientifique du colloque, a donné le ton en expliquant le choix porté sur au moins deux des six axes de recherche proposés aux chercheurs. Il s’agit en premier de la rencontre de Siga en 206 avant J.-C. avec autour de Syphax, Scipion l’Africain et Hasdrubal Giscon, deux généraux représentants de respectivement Rome et Carthage, cela à la 2e guerre punique durant laquelle Massinissa choisit le camp romain et Syphax celui de Carthage.

L’orateur rappelle la façon dont Tite-Live, annaliste romain, rapporte l’événement en vue de démontrer en quoi son récit est subjectif, de pure affabulation, parce qu’écrit à la gloire de Rome : «Tite-Live affirme que l’arrivée au même moment de Scipion et de Asdrubal à Siga est due au hasard et que par ailleurs, il ne pouvait négocier au nom de Rome n’étant pas membre du Sénat.

Mais alors pourquoi Scipion s’est-il déplacé, si ce n’est pour négocier quelque chose d’autant qu’on sait que Rome était désireuse de passer alliance avec Syphax, lui qui demeurait dans une attitude de neutralité entre les deux impérialismes romain et carthaginois. Pourquoi Scipion s’est-il assis à la même table avec Hasdrubal, ennemi juré de Rome ? En fait sa négation de la vérité historique vient de la nécessité de ne pas placer Syphax au même niveau d’importance que Rome et donc de ne pas lui reconnaître le statut médiateur entre elle et Carthage.»

Sur le 2e axe de recherche, en rapport avec la famille royale, et toujours pour prouver la mauvaise foi des auteurs d’une écriture de l’histoire assurée par les vainqueurs, le Pr Harèche, relève un anachronisme que commet Tite-Live lorsqu’il soutient que le rôle de Sophonisbe auprès de Syphax a été de favoriser son alliance, d’asserter qu’il était sous influence et donc qu’il n’a pas agi par choix stratégique.

«Or, les épousailles entre Sophonisbe et le monarque massaesyles ont eu lieu en 205, c’est-à-dire après la conclusion de son alliance avec Carthage. C’est dire s’il faut se méfier de sources, comme Tite-Live de Polybe, le premier ayant eu ses sources auprès du second qui était pourtant contemporain des faits.»

Ce salutaire recadrage a provoqué un retournement de la teneur de la communication de Boudjemaâ Haïchour, chercheur universitaire et ex-ministre, si l’on se fie au résumé de sa communication figurant dans le catalogue du colloque. Intitulée «Jeux de rivalités au cœur de Siga, rôle de Syphax à la rencontre de Siga 206 av. J.-C.», il souligne «le jeu de la reine carthaginoise Sophonisbe sous l’instigation de son père. A partir de cette relation controversée, j’apporte un éclairage historique à partir de la tragédie de Tite-Live.

Le dénouement, nous le découvrons à travers tous les écrits autour de la pièce de Pierre Corneille et les autres auteurs latins et européens». C’est un autre discours qu’il tiendra dans la salle. La 3e séance du colloque a été bien décevante au regard du niveau des communications, particulièrement lorsqu’un conférencier, professeur de littérature au centre universitaire de Témouchent, a choqué l’assistance en ressortant une thèse à laquelle la science historique a fait un sort, celle en rapport à une origine yéménite des Amazighs.

Parmi les contradicteurs, nous en citons deux. Le docteur en médecine Azzam Boudjemaâ, faisant référence à la génétique, signale une étude en Tunisie sur le génome de la population tunisienne qui a démontré qu’il est à 80% nord-africain, alors que le gène de provenance moyen-orientale n’est que de 4%. Quant au Pr Sabah Ferdi, elle rappelle l’exigence de se référer aux travaux des préhistoriens sur ces questions : «Ils ont démontré que le berceau de l’humanité est en Afrique.

Par la suite, il y a eu des arborescences dans toutes les directions, dont l’Afrique du Nord. Nous sommes d’abord Africains. Par exemple, Hachid Malika a soutenu la thèse de l’origine du Tassili des Berbères. Je suis convaincue que les travaux des préhistoriens sur les mouvements migratoires des populations lui donneront raison.»

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