«Tant que la double parité du dinar existe, il y aura toujours des transferts illicites de devises»

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«Tant que la double parité du dinar existe, il y aura toujours des transferts illicites de devises»

Abderrahmane Benkhalfa. Ancien ministre des Finances

– Comment expliquer ce phénomène de transfert illicite de devises ?

D’abord, il faut savoir que le transfert illicite de devises se fait soit par la surfacturation à l’export, soit par une minoration de la valeur à l’import. Dans les deux cas, il s’agit d’une devise qui est prélevée des réserves de change. C’est une utilisation abusive de la ressource. Elle est interdite par la loi. Les opérations de sortie de devises par des trabendistes ou des commerçants, ou de simples citoyens sont différentes des deux premières.

Il s’agit d’argent qui ne provient pas des réserves de change, mais qui n’a pas été déclaré par ses propriétaires au moment de quitter le territoire national. C’est une infraction à la loi. Je pense que ce phénomène est marginal. Nous sommes loin de ce qui se passe par exemple en Amérique latine ou comme dans certains pays africains où l’on assiste à une évasion massive de devises.

Tant que nous avons un marché avec une double parité du dinar l’une officielle et l’autre informelle qui atteint les 150% de sa valeur, il y aura toujours ce genre de transfert illicite. Il faut traiter à la source le problème à travers une «rezma» (baluchon, ndlr) de mesures et non pas uniquement par des actes monétaires.

On ne traite pas un phénomène économique par des mesures juridiques. Si ce problème s’amplifie, c’est qu’il y a une dégradation de la confiance en le dinar, à laquelle il faut faire face. Il n’y a pas que ce type de transfert de devises.

– Selon les services de sécurité, tous ces fonds avaient pour destination la Turquie. Avez-vous une explication ?

C’est sûr que ce flux d’argent n’allait pas être versé dans des comptes, parce que les banques sont regardantes sur l’origine. Il est destiné soit à l’achat commercial de produits du marché parallèle, soit à l’acquisition de biens immobiliers. Si ce phénomène prend de l’ampleur, cela devient une source d’inquiétude. Il faut un traitement structurel curatif, à travers la consolidation du dinar.

Il faut une thérapie globale et non monétaire. Cette évasion de devises est le reflet d’un manque flagrant de confiance en notre dinar. Ce qui est inquiétant. Le contrôle ne sert à rien, s’il n’est pas adossé à d’autres mesures, comme inverstir dans le lobbying, l’image de notre monnaie et de notre pays, etc. Des pays moins solides financièrement que le nôtre, qui n’ont à peine que deux mois de réserves ont un marché financier attractif qui attire toujours des capitaux.

– Ne pensez-vous pas que la chute de la valeur de la monnaie turque et l’appel lancé par la Turquie pour encourager l’injection de fonds dans son économie sont la raison de ce flux de devises vers ce pays ?

Si notre pays n’est pas attractif, il ne faut pas reprocher aux autres de l’être. Il faut se dire pourquoi nous ne sommes pas attractifs et à partir de cela, trouver les solutions. Nous devrions nous demander comment un pays comme le nôtre, avec les fondamentaux les plus solides dans le pourtour de la Méditerranée, n’arrive pas à attirer les capitaux, alors que d’autres Etats très vulnérables vivant des crises endémiques, je peux citer comme exemple l’Egyte, le Maroc, la Tunisie et bien d’autres pays sont plus attractifs. Aucune des réserves des pays de notre région n’a une marge comme celle de l’Algérie. L’image de notre pays est sous-dimensionnée. C’est aux Algériens de la soigner et de la rendre plus attractive.

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