Un monument historique en décrépitude

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La Prison rouge à Ferdjioua, connue sous l’occupation française par le Centre de tri territorial, est l’un des sites coloniaux les plus en vue à Mila. Construit entre 1952 et 1956 par l’armée française, le bâtiment servait de centre de tortures secret.

S’étendant sur une superficie de 2000 mètres carrés, il comptait   29 cellules, dont 3 étaient réservées aux pratiques de la torture. «Ces trois cellules étaient peintes en rouge. C’est là que les tortionnaires électrocutaient les Algériens ou leur arrachaient les dents et certains organes», explique Mokrani Mohammed-Sadek, auteur de plusieurs ouvrages sur l’histoire coloniale de la ville.

Notre interlocuteur précise que l’idée de construire un centre de torture secret remonte au 13 décembre 1946, quand le conseil municipal de la commune mixte de Fadj M’zala (Ferdjioua aujourd’hui) avait voté une délibération dans ce sens, mais les travaux d’édification du site «n’ont été lancés qu’en 1952 et ils ont duré quatre ans», M. Mokrani souligne d’autre part que les citoyens qu’on plaçait dans cette prison avaient très peu de chances d’en ressortir indemnes. «Ils étaient systématiquement torturés.

Et puis ils sont scindés en quatre groupes : les politiciens, les militaires de l’ALN, les prisonniers de droit commun et les autres. Ces derniers étaient tués sans aucun procès : on leur ligotait les mains avec du fil de fer, les bâillonnait et on les jetait, de nuit, du haut de la montagne des Zouabak, tout près du village de Ferdjioua».

Sous-exploité, le site tombe en décrépitude

Haut lieu d’histoire, le site, classé pourtant depuis 1999 monument historique, est pratiquement abandonné. Il ne profite ni au tourisme de mémoire, ni aux étudiants, ni aux spécialistes. Délaissé par le secteur des moudjahidine, le bâtiment est sérieusement fragilisé par le manque d’entretien et les aléas climatiques : il est de partout émaillé de lézardes qui ne cessent de s’élargir.

Depuis son classement sur la liste des monuments historiques nationaux, le bâtiment a été, certes, restauré à deux reprises. Mais «bâclés», selon Mokrani, ces travaux ont beaucoup plus porté préjudice au lieu qu’ils ne lui ont rendu service. «Les travaux de restauration ont complétement dénaturé l’endroit et porté un préjudice irréparable à la mémoire. Figurez-vous, les inscriptions griffonnées par les prisonniers sur les murs des cellules ont été effacées par lesdits travaux.

Ces graffitis réalisés par des résistants sont une vraie mine d’informations pour la recherche. En plus, les cellules ont été repeintes en blanc, ce qui corrompt la réalité des lieux. C’est insensé !», regrette Mokrani. Transformé en 1999 en musée d’El Moudjahid, le site n’est encore géré par aucune administration. Hormis l’agent de sécurité installé là par l’APC de Ferdjioua, le musée est dépourvu de toute forme de vie ou d’activité. Mokrani préconise l’installation d’une administration qui s’occupera de sa gestion et son ouverture sur la recherche et le tourisme de mémoire pour que nul n’oublie. 

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