Un numéro consacré au patrimoine matériel et immatériel en Algérie

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Publication. Les cahiers du Crasc

L’ouvrage traitant du patrimoine matériel et immatériel en Algérie, édité par le Centre de recherche en anthropologie sociale et culturelle (le dernier numéro de Les cahiers du Crasc), sous la direction de Hadj Meliani, a été présenté jeudi au sein de cette institution.

Une dizaine d’articles peut paraître peu de choses, mais ce n’est qu’une contribution à un vaste projet qui reste à réaliser en multipliant ce genre d’initiative. C’est le souhait exprimé par les initiateurs de l’idée, lors de cette rencontre suivie d’une vente-dédicace organisée à l’occasion.

Le rôle des universitaires, la responsabilité de l’Etat et la posture de la société civile ont été passés en revue dans la discussion. Il s’agissait de faire ressortir un certain nombre de facteurs qui entravent la prise en charge effective de la richesse patrimoniale dont dispose l’Algérie.

Dans le domaine de la recherche, Hadj Meliani a estimé que certains aspects sont déconsidérés, voire méprisés, par les jeunes chercheurs, qui pensent qu’il est toujours plus valorisant de travailler sur les grands indicateurs. Il a été également dit que l’Etat peine parfois à prendre en considération les conclusions et les travaux des chercheurs.

Même constat pour l’école, qui n’intègre pas dans ses programmes éducatifs la nécessité de faire comprendre aux élèves, dès leur bas âge, l’importance du patrimoine à travers des sorties pédagogiques concrètes.

«Il faut que les gens prennent conscience que le patrimoine dans sa diversité est un tout qui demande à être sauvegardé et valorisé, y compris quand il ne correspond pas forcément à nos convictions ou à nos présupposés culturels», suggère Hadj Méliani, expliquant dans sa présentation de l’ouvrage, parlant de l’importance des recherches, qu’«(…) il faut insister tout particulièrement sur leur utilité sociale et culturelle, car elles renforcent le lien social et révèlent les ancrages historiques les plus profonds».

Dans la recherche, un distinguo est établi entre ce qui relève du domaine matériel et ce qui a trait à l’immatériel, dans la mesure où «les problématiques liées à la préservation des objets et monuments (…) relèvent de dispositifs et de protocoles déterminés, alors que le champ de l’immatériel recouvre des domaines qui se formalisent principalement par et dans la langue ainsi qu’à l’univers des représentations et des pratiques symboliques qui se transmettent dans le temps».

L’ouvrage en question regroupe des contributions qui s’intéressent distinctement aux deux domaines, mais des ponts peuvent exister entre les deux. «J’ai demandé aux auteurs qui ont travaillé sur le patrimoine matériel d’inclure dans leur recherche les aspects culturels qui les sous-tendent, plutôt que de s’arrêter aux murs, à l’architecture et aux aspects techniques», explique le directeur du projet.

C’est le cas de trois contributions relatives à des travaux poussés portant sur le centre historique toujours habité de Mansourah K’bira à Bordj Bou Arréridj, la valorisation de l’architecture religieuse algéroise avec la zaouïa de Sidi M’hamed et la restauration du Hammam Es-Sebbaghine de Tlemcen.

Ces travaux ont été menés respectivement par Farida Sehili (université de Sétif), Lamia Mansouri et Samira Debache (université de Constantine) et Madina Foukroune (université de Sétif).

Pour ce qui est de l’immatériel, l’intérêt que suscite l’onomastique a été mis en évidence par Ouardia Yermeche, de l’université de Bouzaréah, dans une contribution dédiée à cette nouvelle science qui, fait remarquable, intéresse apparemment beaucoup de chercheurs issus de plusieurs d’universités du pays, selon les chiffres communiqués dans l’article.

«Les chercheurs qui ont initié cette science (Farid Benramdane, Brahim Atoui et Ouardia Yermeche) ont mené parallèlement à la recherche proprement dite des actions de vulgarisation auprès des institutions concernées (le ministère de l’Intérieur, les wilayas, les APC, le ministère de la Justice) pour les sensibiliser sur l’importance de la prise en charge institutionnelle des noms propres anthroponymiques et toponymiques, notamment en ce qui concerne la normalisation graphique (enquête menée sur la ville d’Oran par le wali)», note l’auteure, pour mettre en avant la dimension pratique de ce type de recherche.

Les arts visuels, qui combinent bien l’aspect matériel et immatériel, constituent le souci de Mansour Abrous, considéré comme l’un des grands spécialistes de cette thématique en Algérie. Pour les besoins de son projet visant une contribution à la patrimonialisation, il a été amené à établir des constats très pertinents en touchant du doigt les défaillances.

Son intérêt pour la nouvelle génération d’acteurs créatifs, des artistes qui tentent de s’organiser, de s’approprier des espaces physiques ou virtuels, d’impulser des dynamiques, est combiné aux réponses données par les institutions publiques. On retrouve la même démarche de compilation chez Saliha Senouci, qui tente de cerner les études et les recherches autour du conte populaire algérien et maghrébin pour mettre en avant l’importance d’un patrimoine d’une incroyable richesse couvrant l’intégralité des régions du pays.

L’auteure n’exclut pas les ouvrages produits sans soubassement scientifique par des Orientalistes et tout ce que ces derniers ont collecté durant la période coloniale, mais propose une relecture critique et une analyse plus rigoureuse des contenus.

Hormis une contribution sous forme de reportage donné par Mohamed Kali, en sa qualité de journaliste, sur la célébration du Mawlid Ennabaoui à Béni Abbès (wilaya de Béchar), Habiba Alaoui, de l’université Alger 2, a détaillé le projet de la carte culturelle algérienne et sa plateforme numérique initiée par le groupe de travail autour de la politique culturelle en Algérie (GTPCA) dont elle est membre.

Le projet vise à améliorer l’impact et la manière de gérer le fait culturel en Algérie, tout en accordant désormais plus de considération aux structures indépendantes.

El-Watan.com