Un patrimoine à dépoussiérer

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Dans un pays où des footballeurs gagnent des fortunes rien qu’en tapant dans un ballon en cuir, parler de l’art équivaut à disserter sur la possibilité de commettre un crime sur la planète Mars. Pourtant, depuis des milliers d’années, ce vaste pays qu’est l’Algérie a toujours enfanté des artistes peintres, à commencer par ces hommes et femmes qui nous ont légué ces beaux dessins du Tassili N’ajjer.

Des œuvres d’art qui ont été les premières à être portées sur deux séries de timbres-poste dans les années 1960. Sauf que depuis 10 ans, la Poste algérienne n’a pas émis le moindre timbre en hommage à un artiste-peintre algérien. Ainsi, le dernier en date a été le bloc-feuillet conçu par Kamreddine Krim, sorti le 8 juin 2008 à l’occasion de la journée nationale de l’artiste, illustrant un portrait et une œuvre de Baya Mahieddine. En examinant cette thématique dans le catalogue philatélique algérien, on s’aperçoit qu’elle demeure, malheureusement, parmi les plus pauvres. Un bilan maigre comme un clou, avec en somme 18 timbres en 56 ans.

De quoi laisser perplexe. Parmi les dizaines d’artistes peintres qui ont laissé leurs empreintes dans l’histoire de l’art en Algérie depuis l’époque coloniale, en passant par les pionniers qui ont marqué les premières années de l’indépendance, les seuls heureux à figurer dans cette saga sont au nombre de six.

C’est Mohamed Racim qui caracole en tête du «hit-parade philatélique» avec six timbres célèbres figurant parmi les meilleures œuvres dans l’histoire grâce à deux séries sur les miniatures émises respectivement le 25/12/1965 (musiciens, musiciennes et princesse), et le 17/6/1966 (cavalier, toilette de la mariée et Barberousse). Il est talonné de très près par Nasredine Dinet, qui a gratifié le timbre algérien avec cinq de ses plus belles œuvres : «Femmes algériennes», «Les guetteurs» (29/11/1969), «Aveugle et enfants» (21/10/1976) et «Palmeraies» (21/11/1985).

Trois artistes sont présents sur la liste avec deux tableaux chacun. Il s’agit de M’hamed Issiakhem, avec «Les aveugles» et «Rouge» (29/01/1987), Ismaïl Samsom avec «Femme aux pigeons» et «Interrogation» (25/12/1996), et Mohamed Temmam, avec «Autoportrait» (conservé au Musée national des Antiquités) et une miniature de la collection du Musée national des arts. La seule femme qui s’est fait une place dans ce gotha est Baya Mahieddine, avec son fameux tableau de la mère et l’enfant (27/12/1969).

On n’ose pas vraiment comparer ces «œuvres majeures» avec le «déluge» des timbres allégoriques sans aucune vraie utilité, ni même une valeur esthétique, produits à gogo durant des décennies. Mais on ne peut s’empêcher de dénoncer ce gâchis qui apparaît à travers ces vignettes «bidon» consacrées, ces dernières années, aux fruits et légumes avec des «hommages» rendus plutôt à la citrouille et à l’aubergine. De quoi rendre furieux.

Devrions-nous comprendre qu’il n’y a plus d’artistes peintres algériens à honorer sur des timbres-poste de leur pays ? Heureusement que l’histoire contredit toujours les amnésiques et les ignorants. Alors que leurs œuvres enrichissent les collections des musées des Beaux-Arts à Alger comme à l’étranger, des pionniers de l’art algériens sont terriblement ignorés. C’est le cas de Mohamed Khadda (1930-1991), considéré comme l’un des fondateurs de la peinture algérienne contemporaine et l’un des principaux représentants des «peintres du signe».

Son contemporain, Abdellah Benanteur, né le 3 mars 1931 à Mostaganem, connaîtra le même sort. Il est mort en France le 31 décembre 2017 dans l’anonymat le plus total. Alors qu’on n’a pas songé à lui rendre le moindre hommage, comme pour Mohamed Louaïl, Mohamed Bouzid, Ali Khodja et Choukri Mesli, décédé il y a juste un an, soit le 13 novembre 2017.

La liste des oubliés de l’art algérien est encore longue. Enfin qui se rappelle encore d’Azouaou Maameri (1892-1954), présenté comme étant le premier et le plus ancien peintre algérien ? Que dira-t-on des autres victimes de l’amnésie culturelle, à l’instar de Hacene Benaboura (1898-1960), Abdelhalim Hemche (1908-1979), Mohamed Zmirli (1909-1984) et d’autres ? Mais l’histoire finira, un jour, par avoir raison de ceux qui jouent aux mauvais élèves au service philatélique d’Algérie Poste.

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