Un rite millénaire «instrumentalisé»

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L’edito

L’Algérie entame la deuxième célébration officielle de Yennayer, le Nouvel An berbère. La reconnaissance par l’État et sa proclamation, par décret présidentiel en janvier 2018, comme fête nationale chômée et payée, sont venues après des manifestations, des marches et des émeutes dont on subit les conséquences et les séquelles aujourd’hui encore.

A Bouira, 17 jeunes militants sont poursuivis en justice pour avoir participé à des marches appelant les pouvoirs publics à une promotion efficace de la langue amazighe. L’acquis de la reconnaissance par les autorités du pays de Yennayer est en soit positif, en même temps que la reconnaissance de tamazight comme langue nationale et officielle dans la Constitution de 2002 puis dans celle de février 2016. Néanmoins, les autorités sont appelées à mettre beaucoup plus de moyens pour la promotion de la langue amazighe.

L’enseignement de tamazight accuse un retard énorme. Au lieu de mettre en œuvre l’article 3 de la Constitution dans ce qu’il a en termes de réhabilitation de l’amazighité et de promotion de la langue amazighe, il a été créé une Académie dont on ne connaît pas encore les contours, ni les missions ni même son fonctionnement. La «folklorisation» de Yennayer a travers des festivités pour lesquelles les pouvoirs publics ont mis des moyens colossaux a aussi suscité des réactions et des questionnements.

En effet, la célébration officielle de Yennayer pour la deuxième fois consécutive au niveau national d’une manière officielle, dans les communes, les établissements scolaires, les organismes publics de culture… semble, à première vue, relever beaucoup plus du folklore que d’une réhabilitation par des travaux académiques, scientifiques etlinguistiques.

Tamazight, matière obligatoire, langue enseignée et langue d’enseignement dans tous les établissements scolaires partout dans le pays, attendra encore. Et ce n’est pas faute d’encadrement.

Des milliers de licenciés et de titulaires de mastère en tamazight sont chômeurs et on injecte d’énormes sommes d’argent dans ce folklore que nos mères ont célébré depuis des millénaires sans grands moyens. Beaucoup d’argent a été mis dans ces festivités ces commémorations qui se résument à des activités culinaires, des tâches domestiques et des tenues vestimentaires.

Plusieurs ministères ont été mis à contribution – ceux de l’Education nationale, de la Culture, de l’Intérieur et des Affaires religieuses – alors que l’enseignement de la langue, de l’histoire et sa réhabilitation restent sous-estimés.

Ce rite millénaire continue, après le déni, d’être la cible des manœuvres visant tout bonnement à le banaliser, et ce, à travers des activités et des manifestations purement folkloriques.

El-Watan.com