VRD Un secteur à vau-l’eau

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VRD Un secteur à vau-l’eau

Apparition de choléra, retard dans la réception de nombreux programmes immobiliers… Les VRD sont souvent pointés du doigt par les experts qui jugent que les études liées à ces travaux sont très souvent bâclées.

Prévue initialement pour dimanche dernier, la réouverture de la source de Sidi Lekbir, dans la commune de Hameur El Aïn à Tipasa a finalement été reportée. Le directeur des Ressources en eau de la wilaya a évoqué des «raisons techniques» et «le lancement d’une campagne d’hygiène avant sa réouverture».

La veille, Ramdane Kerbadj, le responsable de cette direction, indiquait que «la commune de Hameur El Aïn s’apprête à rouvrir la source de Sidi Lekbir, demain dimanche, suite au parachèvement des travaux de réaménagement lancés le 1er septembre dernier». Ledit responsable a également rassuré que l’eau de la source est «potable, selon les dernières analyses de salubrité réalisées au niveau de laboratoires hautement équipés».

Il est à noter que la source de Sidi Lekbir est placée sous le contrôle des équipes conjointes de la direction de l’hydraulique de la wilaya, des bureaux d’hygiène de la commune de Hameur El Aïn et de la direction de la santé, depuis sa fermeture en raison de la «non-potabilité» de son eau, suite à l’apparition de cas de choléra.

En raison de l’apparition de l’épidémie de choléra dont la bactérie se développe dans les eaux usées et de sa rapide propagation, des experts ont pointé du doigt les travaux des voiries et réseau divers (VRD) dans le secteur du bâtiment qui nécessitent la réalisation de voies d’accès et également la construction et l’entretien des réseaux d’évacuation des eaux usées.

Problèmes

Les VRD sont composés comme suit : terrassements-travaux de voirie-assainissement-réseaux divers-ouvrages annexes. «Nous assistions à la gestation d’une tragédie bien annoncée dans une forme d’indifférence. On s’évertue à entretenir un modèle d’architecture et de recasement à l’image de toutes ces cités AADL, LPL et LPP qui est la cause de tous ces désordres et maladies en l’absence d’études profondes qui prennent en charge nos vrais besoins de confort architectural, environnemental et sanitaire», se désole Jamel Chorfi, architecte et expert international.

Il poursuit : «Je ne comprends pas pourquoi ce sujet est toujours la dernière des priorités. La pression du court terme, l’urgence et le bricolage sont si forts qu’ils dépassent les enjeux de moyen et long termes. Nous allons basculer dans une tragédie sociétale et sanitaire.» Selon Karim El Ghazi, expert architecte, beaucoup d’efforts et de projets de traitement et de gestion des eaux usées ont été réalisés par l’Etat, mais «ils restent insuffisants du fait, soit la lenteur de l’exécution et ou la programmation», vu que la croissance démographique, la cadence des travaux des nouvelles cités d’habitat et les travaux des VRD ne sont pas sur la même longueur d’onde.

«Je donne les exemples des nouvelles cités et quartiers composés de milliers de logements tels que les programmes AADL ou LPP dont les réseaux d’assainissement sont directement reliés et greffés aux réseaux existants sans aucune révision des dimensionnements et ou de création de stations d’épuration au niveau de ces nouvelles villes», argumente-t-il.

Pour ce qui est des zones industrielles et zones d’activités, le spécialiste explique que la loi exige des industriels de se doter de station de traitement et d’épuration des eaux usées (STEP) avant de les connecter aux réseaux publics, la condition pour qu’ils puissent rentrer en exploitation. «D’un autre côté, pour ceux qui existaient déjà, ils doivent se conformer à cette exigence dans un délai bien précis», ajoute-t-il.

En ce qui concerne le temps de réalisation des VRD, les spécialistes s’accordent à dire qu’il n’y a pas de temps précis. Tout dépend de l’ampleur et du genre de projet, ainsi que du type de zone : urbaine, industrielle ou autres. Par contre, il existe une condition primordiale à remplir : «Aucun projet ne doit être livré et mis en exploitation s’il n’est pas relié aux réseaux adéquats, qui sont définis préalablement par des études établies en tenant compte des normes nationales définies dans les textes réglementaires», explique Karim El Ghazi. Pour l’architecte, le plus grave est l’implantation des bâtiments avant même la conception et la réalisation des réseaux VRD.

Etudes

«C’est ce qui a provoqué de nombreux problèmes parfois même insolubles, tels que l’implantation de bâtiments en dessous des rejets (ce qui exigera des stations de relevage…) et parfois on a des bâtiments implantés au-dessus de la voie publique de plusieurs marches, ce qui va causer la disparition des trottoirs qui seront quasi inexistants», ajoutera l’architecte.

De simple hypothèse à réalité. Abdelkrim Messili, directeur général d’architecture et d’urbanisme au ministère de l’Habitat, de l’Urbanisme et de la Ville, a récemment déclaré que «le secteur a recensé 185 000 unités de logements nécessitant des travaux de VRD et d’aménagement extérieur». La raison, selon le responsable, est due au manque de ressources financières.

«D’ailleurs, le ministre de l’Habitat a établi un rapport complet sur la situation et l’a soumis au gouvernement. Et ce dernier a validé ces travaux de réaménagement et des travaux. Tous les programmes sont couverts en VRD jusqu’à juin 2019», rassure Abdelkrim Messili. Mais alors, pourquoi ces travaux ne sont pas correctement réalisés chez nous ? Karim El Ghazi estime que chez nous, c’est un domaine qui présente plusieurs insuffisances, qui parfois sont confiés à des BET n’ayant aucune maîtrise dans le domaine, malgré l’existence de tous les textes réglementaires.

Un avis largement partagé par Abdelhamid Boudaoud, président du Collège national des experts architectes (CNEA) qui affirme qu’«un grand nombre de ces travaux sont confiés à des entreprises dites spécialisées ; or, elles ne comptent que l’expérience». Selon la même source, les travaux de VRD constituent une étape indispensable dans l’édification d’une construction. «C’est l’étape primordiale qui va permettre de préparer le terrain sur lequel est projetée la construction d’un bâtiment d’habitation, industriel ou commercial.

Toute construction doit au préalable passer par des études de VRD pointues réalisées en présence d’un topographe qui doit suivre convenablement la réalisation des travaux. Sans oublier le cahier de chantier qui doit être le repère du maître de l’ouvrage», conclut-il. Autre souci majeur : le manque d’ingénieurs en VRD. Selon Abdelhamid Boudaoud, sur 100 ingénieurs en génie civil, seul 1 est spécialiste en VRD, ce qui constitue un manque énorme. Jamel Chorfi relève d’autres problèmes.

Le premier est, selon lui, les études «très légères et souvent pas très fiables. Malheureusement, on n’accorde pas une grande importance à ces études de VRD, ce qui engendre par la suite des problèmes majeurs.» Autre problème soulevé par le spécialiste : l’inexistence d’un organe habilité à vérifier les études et le recours aux solutions ponctuelles «dont l’inefficacité est rapidement démontrée par les différentes intempéries».

En conclusion, la non-prise en charge sérieuse des VRD est l’affaire de plusieurs secteurs, souligne Karim El Ghazi, à commencer par celui de la ville, les Ressources en eau, l’Environnement et de l’Intérieur, «et finira certainement chez celui de la santé qui endossera les conséquences». A cet effet, le spécialiste propose de mettre en place la police des eaux prévue dans la loi relative à l’eau sus-citée dans son art 159.

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