Zoubida Assoul estime que le 4e mandat a bloqué l’Algérie : «Le 5e mandat serait une catastrophe pour notre pays»

  • 2 mois il y a
  • 24 Vues
  • 0 0
Zoubida Assoul estime que le 4e mandat a bloqué l’Algérie  : «Le 5e mandat serait une catastrophe pour notre pays»

Zoubida Assoul, ancienne magistrate et actuellement avocate et porte-parole du mouvement Mouwatana, est catégorique : un 5e mandat pour Bouteflika serait une catastrophe pour l’Algérie et même un danger pour notre pays. «Ceux qui veulent un autre mandat pour Bouteflika commettent deux crimes : ils portent atteinte d’abord au Président malade, ensuite il y a la déliquescence à laquelle nous sommes arrivés avec en somme l’absence de débouchés et de perspectives», observe Mme Assoul lors de son passage, hier, au forum de Liberté pour débattre de la présidentielle de 2019 et les moyens dont dispose l’opposition pour peser dans la balance.

Mme Assoul, qui déplore déjà le 4e mandat, qu’elle qualifie d’un mandat à blanc, pour avoir bloqué le pays, demande à l’institution militaire, qui a eu à cautionner ce dernier mandat, d’assainir ce qu’elle a fait et d’assumer ses responsabilités : «Nous ne demandons pas à l’armée d’être partie prenante du scrutin, mais de garantir le processus», précise Zoubida Assoul. Interrogée justement sur l’incursion de l’armée dans le débat politique et notamment les mises en garde du premier responsable de cette institution, la porte-parole de Mouwatane se dit presque choquée par le ton utilisé par Gaïd Salah.

«La violence de la réponse de ce responsable n’est pas rassurante. Nous n’arrivons pas à décoder le message, mais ces déclarations nous rappellent le dernier discours qu’aurait adressé le président Bouteflika aux walis et les attaques contre l’opposition. Nous sommes dans un délire collectif et celui qui a un avis contradictoire est immédiatement ciblé», s’inquiète Zoubida Assoul, déplorant cette façon de faire de l’institution miliaire qui, selon elle, n’a pas à s’exposer à ce genre de déclarations politiques.

Mme Assoul pense qu’il s’agit là de la clochardisation du débat politique, puisque dans les propos de Gaïd Salah il y a beaucoup de dilation et de dénigrement. Et de s’interroger comment peut-on décrier un officier auquel on a donné le grade de général-major ? «Vous êtes en train d’insulter ces généraux gradés qui ont travaillé au sein de l’institution», lance-t-elle à l’adresse de Gaïd Salah.

Pour cette avocate, Gaïd Salah, en l’effacement du Premier ministre, Ahmed Ouyahia, occupe le devant de la scène, ce qui brûle les cartes et fait que le débat n’est pas serein, mais porteur de préjudices.
Sur un autre dossier qu’elle maîtrise parfaitement, la porte-parole de Mouwatana estime qu’en Algérie, le pouvoir exécutif ne croit pas en l’indépendance de la justice, sinon comment expliquer que des ministres et de hauts responsables de la nation refusent de répondre aux convocations des juges, car se considérant au-dessus de la loi.

Violentes déclarations de l’armée

L’Algérie, dit-elle, a beaucoup régressé. Elle explique que par le passé, les juges avaient la capacité de dire «non», aujourd’hui un juge qui refuse d’appliquer une décision venant d’en haut est muté ou relevé de ses fonctions. «Des scandales ont éclaté en Algérie, de l’affaire Khalifa à celle l’autoroute Est-Ouest, et ce qui est hallucinant, c’est qu’aucun ministre ni responsable n’ont été touchés. Nous avons de bons juges, mais le pouvoir ne veut pas croire en une justice indépendante», regrette l’ancienne magistrate.

Le régime, qui a de tout temps été obnubilé par le pouvoir, a, d’après elle, une grande responsabilité dans la régression de notre pays. «Le pouvoir est supposé être le catalyseur de l’émergence de la société civile et de l’intelligentsia, mais il a tout fait et continue de marginaliser et d’écarter toute voix émergente ou personne dérangeante. L’Algérie est devenue pratiquement le dernier de la classe en termes de gouvernance», se désole Mme Assoul.

L’intervenante affirme faire des propositions de sortie de crise depuis la création de son parti politique en 2012 et le mouvement Mouwatana. «En tant que parti de l’opposition, nous avons une feuille de route alors que le pouvoir n’a ni feuille de route ni vision», note Mme Assoul qui accuse le pouvoir d’empêcher, par tous les moyens, l’opposition d’activer et d’émerger.

Ce n’est pas, selon elle, l’engagement qui manque, mais plutôt le système de gouvernance qui ne permet pas la moindre émergence et empêche l’opposition d’être visible sur le terrain. Mouwatana, précise sa leader, est un mouvement qui s’inscrit au-delà de la présidentielle de 2019, il s’agit d’un projet d’avenir et non d’un projet conjoncturel. «Nous avons un projet, une vision, un rêve collectif qui nous rendra notre dignité d’être Algérien.  Nous n’avons ni l’appui de l’armée ni celui des hommes d’affaires, notre appui reste le citoyen. Nos politiques ont échoué, car le citoyen a été mis à l’écart, alors qu’il doit être au cœur de tous les projets», affirme Mme Assoul.

A la question de savoir si elle se portera candidate à la présidentielle de 2019, Zoubida Assoul ambitionne de le devenir, c’est pour elle un honneur, mais elle sait pertinemment qu’elle n’a aucune chance face notamment, comme elle le précise, à une administration aux ordres, à la corruption et au baltaguia, seulement elle croit en le génie du peuple…

El-Watan.com